12 millions de victimes de la famine

 

 

Grâce à l’évolution des moyens technologiques mis à leur disposition, les médias n’ont jamais ont été puissants et surtout actifs. Via, notamment Internet, il est désormais possible de diffuser une masse d’informations incommensurable à un maximum d’individus. Des pires rumeurs aux nouvelles les plus dramatiques, le Net véhicule en un temps record des échos les plus divers. Actualités de stars, querelles politiques, scandales en tout genre, crise financière et économique des sociétés occidentales, conflits et révolutions en différents points du globe, il est malheureusement fâcheux de constater que des millions de pages sont uniquement consacrées à décortiquer, sous toutes les faces possibles et inimaginables, les pôles d’intérêts, les risques encourus et les états d’âme superflus des égocentriques communautés les plus riches de la planète. Les pages d’accueil des fournisseurs d’accès, des portails web, des moteurs de recherche, les unes des journaux, les titres traités au sein des journaux télévisés, tout regorge des maux dont sont victimes les pays les plus  aisés mais bien peu insistent sur les tragédies vécues par les nations les plus déshéritées, celles dont la souffrance est insoutenable, où la faim, la maladie et la mort sévissent avec horreur.

Actuellement, et depuis des mois, la Corne de l’Afrique est affectée par la pire sécheresse connue depuis plus de 60 ans. La Somalie, l’Ethiopie, le Kenya, l’Ouganda, le Soudan, Djibouti et l’Erythrée comptent leurs morts par milliers. Ce sont plus de 720 000 enfants qui risquent d’être emportés si une aide urgente ne leur est pas apportée. Jusqu’à 90% du bétail a été décimé dans certaines parties de la région. Des communiqués révèlent, dans une indifférence quasi générale, que ce sont plus de 1200  somaliens qui arrivent quotidiennement à Dadaab, dans l’est du Kenya, qui abrite les plus grands camps de réfugiés au monde.

Les causes de cette réalité insupportable sont toujours les mêmes : outre les facteurs climatiques, ce sont les situations de crise politique voire de violence et  de sous-développement économique qui sont à l’origine de cette catastrophe humanitaire. Dans ces contrées où les habitants sont, pour la plupart, des éleveurs, les deux dernières saisons de pluie ayant été très en-dessous de la moyenne habituelle, les points d’eau se sont asséchés et le niveau des nappes phréatiques a baissé, ce qui a engendré l’impossibilité d’en creuser de nouveaux. Cette absence d’eau a, non seulement, entraîné un manque de fourrage mais également un déficit céréalier. Enfin, la hausse des cours du prix du pétrole ayant une incidence directe sur les prix alimentaires mondiaux, a aggravé la fragilité des populations urbaines qui importent ces produits.

Dans le cadre d’une réunion qui s’est déroulée le 25 juillet 2011 à Rome, la FAO a préconisé une aide de plus de 1 milliard de dollars pour combattre la famine dans la Corne de l’Afrique. Avant le début des débats, qui rassemblaient les représentants de 191 pays ainsi que des banques de développement et des ONG, la Banque mondiale avait d’ores et déjà promis le versement de 500 millions de dollars qui s’ajoutaient aux (insignifiants) 12 millions de dollars octroyés afin de fournir une aide alimentaire immédiate aux victimes.

Action contre la Faim, qui réserve un budget de 3.4 millions de dollars à ce secteur, envisage une augmentation supplémentaire de 3 millions en 2011 et réclame de nouvelles mesures. L’ONG sollicite un accroissement de l’aide alimentaire, la mise en œuvre de nouveaux programmes de nutrition, une prévention particulière pour les enfants de moins de 5 ans, un accès d’urgence à des services vétérinaires pour le bétail ainsi que la stabilisation des marchés afin de modérer voire stopper la hausse du prix des denrées alimentaires.

Pour bien comprendre l’ampleur du drame qui se joue dans cette partie du monde, il est bon de rappeler que, pour caractériser une situation de « crise alimentaire », l’ONU utilise une échelle allant de 1 à 5 nommée « Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire ». Le niveau 5, le plus sérieux, correspond à une situation de famine. Il est décrété lorsque plus de 2 personnes sur 10 000 habitants meurent chaque jour, que le taux de malnutrition est supérieur à 30%, que tout le bétail est mort et que chaque individu dispose de moins de 2100 calories et de 4 litres d’eau quotidiennement. Ce niveau a été atteint et formellement reconnu comme « famine » dans deux régions du sud de la Somalie, contrôlées par les insurgés islamistes shebab qui en interdisent l’accès à certaines organisations humanitaires.

Aujourd’hui, ce sont près de 12 millions de personnes qui sont menacées par la famine dans la Corne de l’Afrique. Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf,  alarme régulièrement l’opinion internationale et invite les autorités à agir en rappelant que cette région est dans « une situation catastrophique qui exige une aide internationale massive et urgente ». Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, considère qu’il faudrait 1.6 milliard de dollars uniquement pour la Somalie, où « des enfants et des adultes meurent chaque jour à un rythme terrifiant ». Actuellement les agences de l’ONU n’en ont reçu que la moitié…

Ce constat est effrayant. D’autant plus monstrueux que des sommes exorbitantes ont été (et sont toujours) octroyées, sans délais, pour des causes bien moins vitales, comme dans le cadre des crises financières… De là à en déduire que la santé des banques et des états vivant au-dessus de leurs moyens est bien plus importante que la vie de ces pauvres oubliés… Il est urgent, non seulement de s’indigner, mais de renverser ce système qui condamnent les valeurs essentielles au profit de l’enrichissement d’une infime minorité ! C’est une question de survie pour l’humanité toute entière car il ne faut jamais oublier : cela n’arrive pas qu’aux autres…