L'homme moderne

 

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Sans oser prétendre avoir vécu des milliers d’aventures susceptibles de me fournir des certitudes, sans affirmer détenir la connaissance absolue sur l’être humain, la vie m’a toutefois appris que ce sont ceux qui causent le moins qui agissent le plus ; en conséquence, je me suis toujours méfiée des beaux parleurs.

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai eu de cesse d’apprécier l’observation des individus dans leur quotidien. Si les femmes sont globalement étiquetées « bavardes de service » ou « commères », les hommes ignorent généralement jusqu’au sens même du terme « humilité » et sont des hâbleurs de première.

Quel que soit son domaine de prédilection, la gent masculine néglige outrageusement la modestie. Lorsqu’il s’agit de son charme, de son pouvoir de séduction ainsi que de ses compétences au lit, elle dépasse carrément les limites du concevable. Nombre de femmes ont été et sont toujours contraintes de supporter le récit des précédentes conquêtes de leur partenaire ou doivent affronter des comparaisons déplacées : la quantité, surtout la quantité, car on ne parle pas de qualité lorsque les relations sont comptabilisées tels des trophées, les aptitudes des ex, l’ouverture d’esprit… En matière d’aptitudes intellectuelles cela coule de source que les hommes sont non seulement plus intelligents mais également plus instruits que les femmes. C’est bien simple ils maîtrisent tout et mieux que le sexe opposé, même la manière de porter un enfant, du début de la grossesse jusqu’aux moindres détails de l’accouchement ! En théorie…

Effectivement, et c’est là que s’affiche un écart énorme : entre les spéculations et la pratique, il existe un fossé colossal.

A l’œuvre, le Casanova de ces dames s’avère souvent un piètre amant, capable  de satisfaire uniquement son plaisir égoïste, sans tenir compte des besoins et envies de sa compagne. De plus, de l’appétit féroce déclaré ne demeure que trop souvent une faim de moineau. L’homme se rêve lion mais ne dépasse guère le stade de chaton ! Et c’est ainsi que, la majeure partie du temps, le séducteur invétéré s’endort lamentablement en ronflant vulgairement alors que seuls les préliminaires ont été abordés. Vu sous cet angle, on comprend aisément que la femme abuse de prétextes migraineux à répétition car le jeu n’en vaut vraiment pas la chandelle.

Lorsque l’on aborde les domaines plus pratiques, il en est  trop fréquemment de même. Le bricoleur professionnel s’achète une multitude d’outils qu’il n’utilisera jamais et lorsque survient une panne, en dépit de ce beau matériel au coût exorbitant, il est indispensable d’avoir recours à un spécialiste ! Ce jour-là on a véritablement envie de le trucider avec sa scie-sauteuse…

En cuisine, il est le chef qui détient tous les secrets de sa tendre et chère Maman mais lorsqu’il est question de nous alléger la tâche nous avons inévitablement droit à l’assiette de pâtes trop cuites et trop salées ! Il était soi-disant un artiste des papilles maîtrisant parfaitement les épices et les assaisonnements mais le résultat est tellement catastrophique que nous ressentons un furieux désir de lui prouver combien nous connaissons le maniement du rouleau à pâtisserie…

En ce qui concerne l’intelligence, il est bien évident que ce cher monsieur a un QI du double du nôtre ; c’est pourquoi, aussi brillant qu’il se prétend, il a épousé une idiote comme nous ! De surcroît son esprit est tellement éclairé qu’il nous fait une réelle faveur en daignant écouter les litanies de stupidités que nos têtes de linottes engendrent. Une femme est une écervelée, inapte à garder un secret donc indigne de confiance, juste capable de réajuster son rouge à lèvres… Bien entendu ! Et moi je suis la reine des abeilles ! Hélas il est prouvé que, là où la femme pense « cœur », l’homme songe « fesses », pas vraiment élevé comme niveau…

Il en est de même pour l’instruction car il est une certitude que le cerveau féminin, bien plus petit, ne pourra jamais engranger autant de connaissances que celui de l’individu masculin ;  c’est pourquoi l’homme prend un malin plaisir à se fourvoyer dans des raisonnements alambiqués, se noyer au sein de polémiques inutiles, multipliant des arguments tous aussi boiteux les uns que les autres. Il lui faut flamboyer, même si le supputé diamant de sa connaissance n’est en réalité qu’une banale verroterie ! La culture c’est comme la confiture, moins on en a, plus on l’étale… Au risque d’être ridicule !

Nous n’avons pas encore parlé ici des sportifs chevronnés qui peuplent nos salons. Devant son poste de télévision, une canette de bière à la main, ce spécimen vocifère les pires insanités dès que Thierry Henry a raté une action ou que la France ne rapporte que trop peu de médailles des Jeux Olympiques mais qui est lui-même incapable d’aller chercher le pain à la boulangerie sise à moins de 200 mètres de son domicile. Oh bien sûr, il s’est acheté le vélo dernier cri et hors de prix pour entretenir sa forme avec les copains mais il ne le sort que lorsqu’il ne fait pas trop froid, pas trop chaud ou qu’il ne pleut pas. Autant dire jamais. Bien sûr il s’est inscrit pour la énième fois dans une salle de sport mais il pointe régulièrement aux abonnés absents. Pour parachever le tout il s’est même offert un banc de musculation qui prend un espace énorme dans la chambre et qu’il n’utilise qu’une ou deux fois dans l’année pour épater les voisins venus lui rendre visite. Et au final nous ne comprenons toujours pas comment cela se fait qu’il affiche toujours un ventre bedonnant et qu’il a pris 3 tailles de pantalon supplémentaires depuis notre mariage… Par contre, gare à nous si nous prenons le moindre kilo ou si les racines grises de nos cheveux commencent à pointer ! Il est des meurtres qui devraient être permis…

Le summum du summum réside en l’intello-séducteur-sportif classe gendre idéal ! La tête à claque par excellence ! L’imbu de sa personne qui se prend pour le roi du monde et que l’on a envie de piétiner avec férocité. Il plait à toutes les filles mais est incapable d’en garder une. Le macho dans toute sa splendeur qui est convaincu d’être un génie de la création. Il collectionne les femmes au même titre que les objets d’art et case ses rendez-vous galants dans le minuscule intervalle qui subsiste entre sa réunion d’affaires et sa partie de golf. Celui-là est tellement courtois et soucieux de respecter l’égalité entre les hommes et les femmes qu’il n’éprouve aucune gêne à vous laisser régler la moitié de la note de restaurant. Naturellement il pense sans cesse à vous et n’hésite pas à vous inviter à un colloque sur la formulation mathématique de la mécanique quantique ou une exposition sur l’art rupestre en Afrique australe… Que du bonheur ! A fuir de toute urgence !

Finalement que nous reste-t-il aujourd’hui des preux chevaliers de naguère ? Une bande de peureux qui fuit ses responsabilités et se réfugie derrière des textes de loi. Une meute d’inconsistants bling-bling qui avance les yeux rivés sur notre silhouette et nous expose comme le vase de l’arrière-grand-mère. Que sont devenus les poètes, les romantiques d’antan qui savaient si élégamment faire la cour aux gentes dames, qui se mourraient d’un amour languissant ? Des pantins mal vêtus au langage grossier nantis d’un cœur sec.

Cette synthèse a bien évidemment développé dans l’excès les défauts des hommes mais lorsque l’on y regarde de plus près, c’est tout de même fou comme elle ressemble à l’original…