La prétendue amie d'Haïti

 

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Napoléon 1°

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Charles X

 

Classé parmi les pays les plus pauvres au monde, Haïti, suite au monstrueux séisme du 12 janvier 2010, est une nouvelle fois devenu la triste vedette d’un scénario catastrophe dont l’île se serait bien passée. Effrayée par cette tragédie humaine, par l’ampleur des dégâts, la communauté internationale s’est largement mobilisée afin de venir en aide aux Haïtiens qui avaient déjà enduré 4 cyclones aux effets dévastateurs en 2008 ; l’effort mondial aurait permis de récolter 1 milliard de dollars. Cette somme substantielle est néanmoins largement insuffisante lorsque l’on sait que la reconstruction seule de la capitale et de ses environs est estimée entre 8 et 14 milliards de dollars.

Le mercredi 17 février 2010, Monsieur Nicolas Sarkozy a concédé une visite éclair de 4 heures à Port-au-Prince et c’est depuis l’ambassade de France qu’il a annoncé le versement d’une aide de 326 millions d’euros ; cette somme correspondant notamment à l’annulation de la dette d’Haïti à la France pour un montant de 56 millions d’euros.

Annulation de la dette d’Haïti. 56 millions d’euros effacés pour tant d’autres escroqués. Depuis des décennies la France semble se moquer ouvertement de son ancienne colonie, joue la sourde oreille ou est atteinte d’amnésie en ce qui concerne les dommages engendrés par notre pays depuis des siècles sur cette île et ses habitants.

En effet, après la révolte des esclaves, insufflée par la Révolution Française, qui a abouti à l’abolition de l’esclavage en 1793, Toussaint Louverture, nommé gouverneur par la France, promulgua le 09 mai 1801 une constitution autonomiste qui lui conférait les pleins pouvoirs à vie.

Cette décision a naturellement fortement déplu à Napoléon Bonaparte qui, sous l’impulsion des Créoles et des négociants, envoya une expédition de 30 000 hommes sous les ordres de son beau-frère, le général Leclerc, afin de démettre Louverture et de reprendre le contrôle de l’île. Toussaint Louverture fut certes arrêté puis emprisonné au Fort de Joux dans le Doubs où il est décédé le 07 avril 1803 mais les troupes françaises sous le commandement de Rochambeau finirent par être battues à la bataille de Vertières par Jean-Jacques Dessalines.

Le 01 janvier 1804 l’indépendance d’Haïti fut proclamée mais le joug de la France sur ce pays est loin de s’alléger puisque par une ordonnance du 17 avril 1825 le roi Charles X concède une « indépendance pleine et entière » moyennant une somme de 150 millions de francs or. Cette somme est certes ramenée à 90 millions de francs or mais elle est à l’origine de l’endettement de l’état haïtien qui l’a toutefois intégralement apurée en 1885.

Le 07 avril 2003 le président Jean-Bertrand Aristide a réclamé officiellement à la France près de 21.7 milliards de dollars en « restitution et réparation » de la dette.

Cette dette de l’indépendance est une injustice totale voire une aberration car c’est le peuple haïtien qui a été victime de l’esclavage pendant des siècles, c’est le peuple haïtien qui a été entraîné par la France dans des affrontements tandis qu’il réclamait une indépendance légitime et c’est toujours le peuple haïtien qui a été ruiné par la métropole tandis qu’il pansait les plaies des précédents conflits, qu’il tentait de se reconstruire. Une dette de l’indépendance exigée à une communauté simplement parce qu’elle a osé se battre pour la liberté, la dignité et l’égalité entre tous les hommes, cela s’apparente à une outrageante injustice sociale. Et pourtant c’est ce que la France, pays des Droits de l’Homme, a imposé.

Depuis près de deux siècles,  des secteurs entiers et essentiels de l’économie comme l’éducation, la santé, sont condamnés suite à cette « réparation » exigée sous peine d’une nouvelle occupation.

Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 a causé la mort d’environ 222 500 personnes, 300 000 blessés sont recensés et plus d’un million de sans-abri. Lors de ce drame ce sont 40% des fonctionnaires qui ont disparu et l’intégralité des bâtiments administratifs qui ont été détruits. Autant dire que c’est le pays tout entier qui est désorganisé.

Aussi lorsque Monsieur Sarkozy précise que « c’est aux Haïtiens de reprendre le contrôle » et de « définir un projet national », on a envie de pleurer sur ce genre de propos si stupides et on a honte qu’il soit président d’une nation comme la France. Reprendre le contrôle de quoi, Monsieur le Président, d’un champ de ruines ? Définir quel projet lorsque les caisses de l’Etat sont vides, que 80% des Haïtiens vivent sous le seuil de pauvreté et que 54% sont dans le dénuement le plus total ? Parvenu à ce stade de la sottise humaine, il est des visites qu’il eut mieux fallu éviter, il est des prétendus amis que les Haïtiens devraient vraiment effacer définitivement de leur mémoire…

 

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