La réalité des Noirs

 

 

Dans un entretien exclusif  paru dans le Figaro Magazine du Samedi 15 Novembre 2008, Monsieur Pierre N’Gahane, en loyal serviteur de la République, voit dans sa nomination « l’aboutissement d’un parcours réussi ». Compte tenu de sa position, il nie bien évidemment l’impact de la victoire de Barack Obama sur sa promotion et affirme que son « exemple peut donner à des gens le sentiment qu’en y mettant du sien, en s’engageant dans la société et en faisant confiance à l’ascenseur social, on peut y arriver ». Par ailleurs, Monsieur N’Gahane avoue que « la notion de quotas est gênante : il faut d’abord privilégier la compétence des personnes ».

Pour ma part j’aimerais ajouter que si la nomination de Monsieur N’Gahane est effectivement le couronnement d’une carrière professionnelle mien menée, une accession à un poste qui lui était prédestiné depuis sa titularisation du 20.09.2008, il n’en demeure pas moins qu’il ne faut pas non plus sombrer dans la naïveté.

En effet, nombre de ses frères de couleur désirent profondément parvenir à un certain statut social, suivent des parcours d’études brillants, travaillent avec acharnement et sont des individus des plus respectables sans pour autant pouvoir profiter d’un quelconque ascenseur social si ce n’est l’escalier de leur immeuble !

Comme je l’ai écrit précédemment dans le premier article de « France de Noirs », il est indiscutable que nombreux sont ceux à être dotés d’aptitudes qui ne seront jamais reconnues quel que soit leur domaine de prédilection, uniquement à cause de la couleur de leur peau.

Comme le cas de cet homme, un Français d’origine togolaise, âgé de 43 ans, disposant de 5 diplômes universitaires de comptabilité et finances, qui est confiné au rang d’employé d’accueil alors que certains de ses collègues d’origine européenne, arrivés en même temps que lui (vers 1990) et à un niveau comparable voire inférieur, sont aujourd’hui cadres.

Monsieur N’Gahane trouve gênante la notion de quotas car ce qui est primordial est la reconnaissance des compétences de l’individu. Ne nous voilons pas la face : à formation équivalente, à expérience similaire, le « Blanc » remportera toujours la palme sur l’être de couleur dans les sociétés occidentales.

Il suffit d’envisager quelques exemples simples, témoins des mentalités figées dans l’immobilisme et les préjugés, pour adhérer à cet argument. Combien d’esprits « blancs » assez éclairés oseraient envisager d’installer un homme noir sur le trône de Saint Pierre au Vatican ? Quand les Chrétiens, des gens de bonne foi, accepteront-ils de réviser l’image du Christ affichée dans leurs manuels et leurs églises ? Il est pourtant évident que, étant donné ses origines et son lieu de naissance, Jésus de Nazareth ne soit pas aussi « blanc » que tel qu’il est représenté !

Soyons lucides, les pensées des anciens maîtres du monde, ces Européens du Siècle des Lumières, ne sont pas encore prêtes à vraiment changer en octroyant à chacun la place, les droits et les privilèges qui lui reviennent légitimement.

Aux côtés de la propagande officielle subsistent des fossés qui séparent toujours le rêve, un idéal, de la réalité, un monde impitoyable.

Aujourd’hui Barack Obama est élu aux USA et Monsieur Pierre N’Gahane devient préfet des Alpes de Haute Provence. C’est le rêve. Toutefois, aux Etats-Unis, le chômage des Noirs est le double de celui des Blancs, le revenu moyen d’un Noir stagne depuis 30 ans à 60% de celui d’un Blanc et il y a 4 fois plus de foyers noirs vivant sous le seuil de la pauvreté. En France, 61% de la population noire avoue être victime d’actes racistes au moins une fois par an et une enquête récente révèle que 18% de refus d’embauche sont liés à la couleur de leur peau. Cà c’est la réalité !