Le prix d'une vie

 

 

Adepte de la consultation d’informations sur Internet et, notamment, passionnée par ces « faits divers » qui en dévoilent tellement sur la nature humaine, je peux passer des heures à fouiller des dizaines de pages. C’est ainsi que j’ai découvert que le thème des Rendez-Vous de l’Histoire 2010 était « Faire justice ». Comme le précise très justement l’honorable Mme Claude Gauvard sur le site des Rendez-Vous, la quête d’impartialité et de vérité est universelle et intemporelle. De poursuivre qu’actuellement (normalement et globalement) des lois servent de référence en la matière. Je précise « normalement et globalement » car, il ne faut tout de même pas se voiler la face, nous sommes majoritairement conscients qu’il perdure à travers le monde des Etats où la justice est sommaire voire totalement bafouée que ce soit à cause des mentalités archaïques ou des pouvoirs corrompus en place.

Française de naissance et de cœur, je m’en tiendrai à la justice rendue dans mon pays. Moderne, éclairé, ayant à mon humble avis effectué des progrès notables en matière de justice depuis bientôt 30 ans, la France peut prétendre disposer d’un système judiciaire honnête.

Malheureusement, lorsque je consulte ces « faits divers » dont je faisais référence précédemment, je suis souvent dubitative sur un point : le prix d’une vie. Je m’explique. Au travers trois « affaires » relatées dans la presse ces derniers jours, une dans les éditions nationales et les deux autres au sein de la Nouvelle République parue à Blois, je dois confier avoir été très choquée par les verdicts.

Le premier dossier est relatif à des malversations financières reprochées à Mr Charles Pasqua : 4 ans de prison dont 2 fermes ont été requis contre l’accusé. Le prévenu écopera d’un an de prison avec sursis.

Le second cas concerne un délit de fuite, conduite en état d’ébriété, défaut de permis de conduire et sans assurance dans le cadre d’un accident de la route où un père de famille de 46 ans a trouvé la mort : les deux responsables seront condamnés à 3 ans et 1 an de prison ferme.

Le troisième fait est également un délit de fuite lors d’un accident automobile ayant entraîné le décès d’un jeune homme de 14 ans : le coupable s’est vu infligé une peine d’emprisonnement de 15 mois ferme.

Dans le premier délit de fuite les accusés faisaient la course et l’un des véhicules a même été estimé aux environs de 130 km/h.

Dans le second l’adolescent a été abandonné agonisant sur le bord de la route ; le chauffard a continué tranquillement sa journée et a même déjeuné paisiblement avec ses collègues. Son arrestation n’est due qu’à une dénonciation de son employeur, soupçonneux de l’état du véhicule qui portait des traces de sang et des cheveux, qui a contacté la gendarmerie.

Pour ce qui est de Mr Pasqua, dont je ne cautionne naturellement pas les actes, il est question de « complicité d’abus de biens sociaux et recel » et autres « corruption passive » ; il encourait jusqu’à 10 ans de détention. Son âge (83 ans) et ses états de service passés ont certainement pesé lourds dans la balance. Mais, au fait, a-t-il atteint à la vie d’autrui ? Que nenni !

Aussi honteux cela soit-il, comment peut-on imaginer et accepter qu’un homme soit plus sévèrement puni lorsqu’il est question d’argent comparativement à des circonstances tellement plus dramatiques que des homicides même involontaires assortis, en l’occurrence,  de conséquences aussi intolérables que des délits de fuite ? Comment peut-on autoriser qu’un individu qui abandonne lâchement un adolescent de 14 ans en train d’agoniser soit moins blâmé qu’un octogénaire, ancien résistant dès l’âge de 15 ans, poursuivi pour des affaires de « gros sous » ? Les textes.

Les textes de lois sont ainsi rédigés qu’il est regrettable de constater qu’il est préférable de tuer que de voler ou détourner des fonds. Simpliste. Soit. Mais c’est une fâcheuse réalité. Et toutes les « affaires » similaires aux deux sortes d’exemples sont là pour le prouver. Dès lors que l’homicide est présenté comme « involontaire », quelle que soit l’irresponsabilité dont le ou les responsables ont fait preuve, la peine sera plus légère que dans le cas d’une quelconque escroquerie ! Et la moralité dans tout cela ? Au diable les plaintes éplorées des familles des victimes, seule compte la lutte contre la cupidité. Et de conclure en s’avouant que le monde est mené par l’argent, il n’y a qu’un pas… Très vite franchi !