Les véritables raisons de l'élection d'un Noir

 

 

Hier encore les médias nous étourdissaient dans une valse incessante de papiers rédigés pour célébrer la victoire de Barack Obama. En totale harmonie, ils rendaient hommage aux Américains qui, par cette élection, avaient surmonté leurs démons racistes. L’arrivée d’un président né d’un père kényan à la tête de la première puissance mondiale illustrait, selon ces dires, les immenses progrès effectués par une population marquée du sceau diabolique de la ségrégation raciale. Ce couronnement allait non seulement rapprocher les Afro-Américains des autres communautés mais également les Etats-Unis du rêve de Martin Luther King, ébauché lors de son mémorable discours du 28.08.1963, de l’égalité entre les races. Tous pensent et même John Lewis, ancien dirigeant de la lutte pour les droits civiques qui fut lui-même roué de coups par un groupe de Blancs dans l’Alabama en 1961 que les USA sont « prêts à créer une société démocratique vraiment multi raciale ».

Puis la liesse des premiers jours est retombée. Et j’ai eu envie d’écrire quelques lignes sur Jesse Jackson. En consultant une multitude de documents relatifs au personnage, j’ai été interpellée par la pensée émise par un sceptique, clan auquel appartient le révérend Jackson, sur la fin de la discrimination aux Etats-Unis : " Soit mes vues sur les Blancs sont erronées, soit les Blancs ont changé. Je ne peux pas m'habituer tout à fait à l'idée que j'ai tort sur les Blancs. Alors, c'est peut-être que la situation du pays est si effrayante qu'elle dépasse la question de la race. "

La situation du pays est si effrayante… Obama, premier président noir des USA, c’est l’arbre qui cache la forêt. Certes cette élection est historique et je ne cherche point à la dévaluer ; cependant, dans leur choix de vote les Américains ont voulu transmettre un message beaucoup plus grave qu’on ne peut l’imaginer : la situation est tellement catastrophique aux Etats-Unis que sa population n’attache plus aucune importance à des détails insignifiants tels que le sexe ou la race. La preuve en est que Barack Obama l’a emporté dans des Etats ouvriers et majoritairement blancs comme la Pennsylvanie et l’Ohio dans lesquels il avait été battu pendant les primaires démocrates par Hillary Clinton. Dans ces états, les électeurs ont affirmé d’entrée leur volonté de changement, le désir du retour d’un gouvernement démocrate, de préférence Hillary Clinton, au final pour Barack Obama, éludant la couleur de peau au profit du parti. Toutefois, ne nous voilons pas la face si Barack Obama avait été républicain et John McCain, un démocrate, il y a de fortes chances pour que ce soit le vétéran du Vietnam qui se serait installé dans le fauteuil de la présidence le 20 Janvier 2009.

En analysant de plus près la situation des USA, l’évidence saute désormais aux yeux de tout un chacun que la victoire au soir du 04 Novembre 2008 ne pouvait revenir qu’au candidat démocrate.

En effet, entre 1992 et 2000 soit les 8 années de l’ère Clinton, les Etats-Unis ont connu une période croissance ininterrompue. Le Produit Intérieur Brut a grimpé en moyenne de 3.7% au cours de ces 10 ans avec des pointes de 5.2% en 2000 ou 4.4% en 1997 et 1998.

Entre 1996 et 2000, toujours naturellement sous Bill Clinton, le PNB a augmenté de 25% soit un taux de croissance économique comparable à celui des années 60.

Soudain arrive au pouvoir un gosse de riches qui a décidé de se lancer dans la politique pour faire « comme Papa » et tenter de se débarrasser de tous les wagons de complexes qu’il trimbale depuis sa plus tendre enfance puisque dès sa venue au monde il s’est avéré qu’il était un incapable. Hélas, Monsieur George W. Bush a, semble-t-il, entrepris de gérer la 1° puissance mondiale comme une activité de loisirs comparable à ces jeux auxquels il s’adonnait lorsqu’il était gamin avec ses petits camarades. Non, Monsieur W. Bush, vous n’étiez pas en train de disputer une partie de RISK ou de MONOPOLY !

Résultats de 8 ans de « garden parties » organisées par l’ami Bush :

L’indice du Conference Board qui mesure le sentiment de confiance des foyers américains qui était à 102 en Décembre 2004 n’était plus qu’à 50.4 en Juin 2008 soit son niveau le plus bas depuis Février 1992 (en 1992 les Américains étaient tellement satisfaits de l’administration Bush Père qu’ils choisirent l’adversaire de son parti aux présidentielles…)

En Mars 2003, George W. Bush demande 75 milliards de dollars au Sénat pour financer la guerre en Irak. Actuellement, la guerre en Irak, que les Américains sont en train de perdre, coûte 9 milliards de dollars par mois. Les dépenses militaires (600 milliards de dollars par an) servent de justification à l’amputation des budgets de la santé, de l’éducation et des dépenses sociales en général.

En Mars 2005 la dette totale de l’administration, des entreprises, du secteur financier et des ménages américains s’élevait à 40 000 milliards de dollars. Cette somme représente 137 000 dollars pour chaque homme, femme et enfant ! Le nombre des citoyens américains qui sombrent dans la misère totale augmente de 1 million chaque année. Présentement ce sont 37 millions d’Américains qui vivent sous le seuil de la pauvreté.

Le déficit commercial des USA s’aggrave. En 2006 il atteint 857 milliards de dollars. Rien que pour le financer les Etats-Unis sont contraints de lever des emprunts de 2 milliards de dollars par jour. Le principal facteur qui alimentait la demande intérieure était le marché de l’immobilier… qui s’effondre !

L’endettement des ménages américains a fortement augmenté passant de 70% de leur revenu disponible au début des années 1990 à 100% en 2000 pour atteindre 140% cette année.

En Octobre 2008, les chômeurs représentaient 6.5% de la population active ; le taux le plus élevé depuis 14 ans.

Une étude récente de la  société de recherche Moody's Economy.com estime que 7,3 millions de foyers américains  feraient défaut sur leurs emprunts immobiliers entre 2008 et 2010 et que 4,3 millions  d'entre eux pourraient perdre leur maison. Près de 80% des ménages américains sont propriétaires de leur logement. A l’heure actuelle ce sont près de 280 000 logements qui sont en procédure de saisie.

Lorsque l’on parcourt ces exemples révélateurs de la situation dramatique des USA on y trouve les véritables raisons de l’élection de Barack Obama : les Américains moyens et surtout pauvres en ont marre d’une gestion républicaine qu’ils supportent depuis 8 ans et qui les a conduits dans un marasme total alors que les plus riches ont vu leurs impôts baisser de 70 à 30% !

Chômage, pas de droits aux soins, manques de moyens pour le système éducatif, augmentation des impôts, saisies immobilières, guerre en Irak, coût des faillites bancaires à assumer : la plus grande majorité des Américains se sent morte avant même d’être née car le surendettement gangrène même l’avenir des générations futures ! Ce sont là les véritables motifs de l’élection de Barack Obama. Tout changer. Même la couleur de peau du président. Yes they can ! Et ils l’ont fait !