Nos enfants, ces petits tyrans

 

Reproduction d'un article de Florence Chédotal

paru dans la République du Centre du Samedi 16 juin 2012

 

Il est vrai qu'après des années de libéralisme total qui ont engendré des dérives parfois extrêmes, nous sommes en droit de nous remettre en question quant à la qualité de l'éducation que nous fournissons à nos enfants. S'il est indéniable que, durant des générations, l'enfant ne bénéficiait d'aucun droit à la parole, que de peu de considération quant à ses propres envies et besoins, il est également incontestable que, depuis une quarantaine d'années, et encore plus ces vingts dernières années, les parents sont tombés dans les excès contraires. Les conséquences sont encore plus fâcheuses que celles engendrées par l'austérité de naguère. C'est pourquoi il est largement temps de redresser la barre et de changer de cap... si nous ne souhaitons pas faire de nos enfants de futurs délinquants !

Fut un temps où l’enfant n’était guère plus qu’une personne en devenir. Aujourd’hui, il a pris du galon et le sait. Il fait sa loi mais des voix s’élèvent contre cette tyrannie. Comment relever la tête ?

A défaut d’en avoir un modèle à la maison, qui n’a jamais croisé au détour d’un rayon de supermarché, sur le sable fin d’une plage ou lors d’un repas de famille, un petit monstre incontrôlable et fort bruyant, un être haut comme trois pommes qui fait la loi et se croit seul au monde ?

Ce sont les nouveaux petits tyrans, une espèce en voie de développement, à qui de plus en plus d’experts (et de parents) auraient bien envie de clouer le bec.

Interdit d’interdire, ah oui ? Il semble que Mai-68 soit passé par là, avec ses dommages collatéraux. Dans la foulée, la psychanalyste Françoise Dolto a donné une nouvelle place à l’enfant, portant sa parole à hauteur de ses parents, faisant de lui une personne à part entière. Mais attention elle n’a pas dit « adulte ». Puis on n’a juré que par l’épanouissement, le développement, l’expressivité, l’écoute, le respect, l’autonomie… jusqu’à basculer sur l’autre rive : le tout-permis.

On sent bien que ça va encore être la faute des parents. D’ailleurs, la sentence tombe. « Je suis obligée de leur rappeler des règles simples, soupire une psychiatre, dans « Marianne » (novembre 2011). «Pas de télé perpétuellement allumée, on ne mange pas n’importe comment, on ne dort pas à n’importe quelle heure… Où les parents ont-ils la tête ? ».  Ils travaillent et rentrent tard, fournit comme excuse une institutrice. Et ils refusent d’entrer en conflit avec l’enfant, en lui fixant des limites.

Oui, mais la « frustration  construit l’enfant », rappelle le psychologue Didier Pieux, auteur de « De L’Enfant roi à l’enfant tyran » (Odile-Jacob). Selon lui, on ne doit pas laisser sa postérité dans un sentiment d’omnipotence. « La frustration est au centre de l’éducation, car c’est en l’éprouvant qu’on prend conscience qu’on ne peut pas tout faire. D’un égocentrisme exacerbé, ils ont aussi tendance à ne pas intégrer l’existence des autres. Or, c’est aussi par l’acceptation d’autrui que l’on apprend à devenir un être humain ».

« On n’élève pas un enfant sans lois, sans barrières, sans interdictions », appuie Christiane Olivier, auteur d’un « Enfants rois, plus jamais ça ! ». Les caprices des enfants tyrans font de moins en moins rire les divers observateurs.

Bon, alors, on fait quoi ? Les enfants ont besoin de rencontrer une opposition (si, si). Mais pour l’enfant qui a pris goût au pouvoir, les choses ne vont pas se faire en un jour. Les pédopsychiatres conseillent de balayer deux idées : celle qui associe la frustration à la souffrance et celle qui consiste à croire que la vie se chargera d’éduquer seule le bambin. Pure hérésie. Puis commencer par réintroduire des moments d’efforts, d’attentes, de services. Non, ce n’est pas à l’enfant de choisir à quelle heure il mange ou va se coucher. « Eduquer, ce n’est pas être aimé », rappelle Didier Pieux. Un discours parfois difficile à accepter. « Le parent ne doit pas se laisser chosifier par son enfant, qui doit comprendre que sa mère n’est pas un lave-linge doublé d’un frigo et d’un portefeuille… » Parents, soyez forts !"