Vues sur l'élimination de l'équipe de France du Mondial 2010

 

Version actuelle du footballeur

 

L’équipe de France de football éliminée dès le 1° tour. Aujourd’hui la moitié du pays a envie d’écrire son petit billet afin d’exprimer son opinion sur cette lamentable déconfiture. Les journaux, les sites internet, les chaînes de télévision, l’ensemble des médias s’empare de « l’affaire ». Les constats succèdent aux analyses qui emboitent le pas aux commentaires, globalement critiques voire déplacés.

L’équipe nationale de foot a été battue et sortie de la compétition précocement. Soit. La sélection n’a pas été à la hauteur de ses adversaires. Soit. Les joueurs français rentrent chez eux plus tôt qu’espéré, c’est décevant, soit. Mais il n’y a pas de quoi en faire une affaire d’état monopolisant quasiment l’intégralité de l’information !

La réalité n’est tout de même pas comparable à une catastrophe naturelle telle que l’ouragan Katrina, un marasme écologique et économique comme celui de la fuite de la plateforme pétrolière de BP au large des côtes américaines, une horreur humaine semblable aux attentats du 11 septembre 2001 ou malheureusement le quotidien de plus d’un milliard d’individus qui se meurent de faim !

Les Bleus ne seront pas champions du monde comme en 1998, cela est certes regrettable pour l’honneur national blessé dans son orgueil et son chauvinisme mais il n’y a pas de quoi casser trois pattes à un canard ! La faute à qui, d’abord ?

Les joueurs ? Sans conteste puisque ce sont eux qui s’investissent sur le terrain. L’entraîneur ? Il a sa part de responsabilité comme tout manager d’un collectif. La Fédération ? Indubitable. Pour des raisons aussi politiques que sportives, elle a coulé un navire qui prenait déjà l’eau. Les médias ? Surtout, essentiellement !

Les médias sont les premiers responsables de cette dérive car ce sont eux qui ont fait de ces hommes ordinaires des stars gâtées, pourries, rémunérées à outrance, placés sur un piédestal sur lequel ils n’auraient jamais du se retrouver. Ce sont les médias qui, en harcelant en permanence les athlètes, en leur sculptant une image commerciale, en les affichant telles des vedettes de cinéma, les ont détournés de leur objectif primaire. Et ce ne sont pas des Nicolas Anelka ou Franck Ribéry qui contrediront ces propos. Quel intérêt pour le passionné de foot de suivre les aventures extra conjugales de Ribéry et d’en faire un scandale proche du Watergate ?

J’ai aimé le foot mais j’ai été dégoûtée de cette discipline à cause du tapage médiatique qui l’entoure. Les clichés sur la vie privée des joueurs, les jugements indécents rédigés juste pour combler des articles, des analyses sans queue ni tête livrées par des pseudos spécialistes issus des sélections de naguère et reconvertis en ersatz de journalistes simplement pour le business…

Il serait bon que les choses reprennent leur place naturelle : les joueurs sur le terrain et seulement sur le terrain, les retraités au repos et les médias immortalisant les rencontres et uniquement les matches. Il serait appréciable de cesser les comparaisons avec les sélections passées, d’octroyer aux jeunes le temps d’exprimer leur talent, d’admettre que nous ne pouvons pas détenir des Platini ou des Zidane à toutes les générations, que Thierry Henry a 33 ans, qu’il est en fin de carrière et ne peut plus avoir le même niveau qu’en 1998.

Il serait autrement plus respectueux d’arrêter de fustiger aujourd’hui ce que nous encensions hier, de traquer les sportifs comme des créatures extra-terrestres, d’en faire des idoles assimilées à des dieux puis des emblèmes commerciaux pour les grandes marques internationales.

A ces conditions l’équipe de France de football aura sans doute plus de chances de redevenir un collectif apte à battre les meilleurs. Mais tant que les médias accorderont autant d’importance aux « extras » des hors match que ce soit ceux de l’entraîneur, du staff ou des joueurs, colportera tous les ragots de vestiaire, étalera tous les clichés personnels les plus avilissants, condamnera de façon péremptoire l’effectif avant même le début de la compétition, la France ne détiendra pas la moindre éventualité de briller.

Il nous revient l’obligation de dénoncer ces abus. Les sommes exorbitantes versées à des individus simplement pour courir après un ballon tandis que nombreux sont ceux qui galèrent avec des ressources de misère en cette période de crise. Leur statut inconvenant de stars capricieuses cautionné par des médias affamés de scoops croustillants totalement inopportuns dans un cadre sportif. Les sommes colossales brassées et distribuées au sein d’une discipline qui déshonore toutes les vertus initiales en la matière.

Remettre les pendules à l’heure, l’église au milieu du village et bâtir un collectif digne de ce nom, géré par un sélectionneur qui ne s’imagine pas en Molière des stades et des joueurs motivés autrement que par l’appât du gain et la perspective de s’admirer sous toutes les coutures sur papier glacé. Oublier la « génération ratée », celle qui mélange les torchons et les serviettes en mêlant sport, politique et gros sous, celle des individualistes forcenés qui ose engendrer des grévistes milliardaires et ne laisse qu’un champ de ruines.

Le football est un sport, beau et divertissant, non pas une opportunité de percevoir de l’argent facile à tous les intervenants. Aujourd’hui on se croirait à Wall Street, l’ère des traders, des bonus faramineux, des stocks options… Thierry Henry, Jérôme Kerviel, même combat ? On voit où ça mène…