Des voix s'élèvent et grondent

 

 

Des voix s'élèvent et grondent. Leur colère éclate d'outre-tombe.
Ces lieux, non content d'avoir été lâchement désertés après des années de bons et loyaux services, subissent les assauts dégradants de misérables tagueurs qui se prennent pour des artistes. Très loin du graffiti, symbole d'un art de vivre, ces affreux gribouillages ne sont que de purs actes de vandalisme.
Emprisonnés derrière l'indifférence humaine, ils ont été livrés à la décadence des plus vils.
Hier encore ils étaient beaux et fiers, au coeur même d'une activité intense. Aujourd'hui, sabordés par une bande de sauvages, ils se sentent sales, nauséabonds. Des insolents, barbares de leur génération, ont brisé leurs vitres, barbouillé leurs murs, envahi leurs abords de détritus, faisant de leur place un site honteux offert à la vue de tous.
Exposés aux regards tels de véritables parias, dans cet état de délabrement avancé ils souffrent profondément de l'amnésie des anciens comme de l'irrespect des jeunes. La mémoire vaine de l'homme.
En cet univers, chaque être, chaque chose, chaque lieu n'a droit qu'à une existence éphémère, soit. Ils en sont conscients.
Leur unique souhait n'était que de disparaître dans la dignité car il vaut mieux mourir debout plutôt que vivre à genou.