Hier encore...

 

 

Je n'avais que 50 ans. Ou peut-être seulement 40. Mes parents m'avaient élevé n'importe comment et j'ai poussé comme un énorme champignon vénéneux au sein de ma ville. En ma jeunesse j'étais si grand que l'on m'admirait de loin dans le paysage. J'étais le fruit d'un système révolutionnaire. J'étais tellement fort comparé à mes ancêtres que l'on a cru bon de me charger d'une multitude d'errances issus des horizons les plus sombres. Au fil du temps, à défaut de briller par les qualités de ce, de ceux, qui me peuplaient, je n'étais devenu qu'un repère malsain pour des projets illégaux. De fourbes envahisseurs me gangrénaient de l'intérieur et détérioraient avec un malin plaisir ce qui aurait pu être un espace sain digne de vivre centenaire.
Naguère j'étais fier de trôner si puissant, de recevoir tant d'histoires chamarrées en ma mémoire. J'avais les yeux grands ouverts sur l'infini qui se prosternait à mes pieds. Je recevais une lumière dense des cieux si proches de ma tête et j'en irradiais les moindres molécules des particules de mon corps.
Ma vue baisse en ces temps funestes. Je sens les courants d'air glacer mes articulations. Ma fin est proche. Bientôt je ne serai plus qu'un gigantesque amas de gravats que d'insolentes machines enfouiront dans les ténèbres.
Pourtant je ne suis pas triste. La preuve, je parviens encore à cligner de l'oeil à cet objectif qui me permet de ne point mourir dans l'indifférence.