J'ai vu des arbres

 

 

J’ai vu des érables, des peupliers et des saules. Des charmes, des albizzias et des chênes. Des marronniers, des bouleaux et des tilleuls. J’ai vu des arbres se hisser partout où le moindre espace leur permettait de grandir.

 

 

Des parcs ombragés, des jardins abrités, des environnements de logements collectifs paysagés, des avenues boisées. Tout alentour se parait d’un vert reposant, trahissant le reflet commun des villes noyées dans le béton, dépourvues de toute humanité.

 

 

J’ai senti le parfum puissant des écorces, le bruissement léger du vent dans les branches, la douce mélodie des fruits tintant contre le feuillage.

 

 

J’ai fermé les yeux et oublié les murs. J’ai gommé les rues et effacé les tours. Il ne restait qu’une immense forêt identique à celle que ma mémoire a dessiné des campagnes où j’ai longtemps vécu. Il n’est pas si loin ce temps où je m’évadais sur les chemins cabossés qui serpentaient entre les géants séculaires. Je croyais vraiment être encore là-bas. Point de moteurs bruyants et nauséabonds, plus d’agitation stressante, de sons désagréables, de bruits et de cris intempestifs, de pollution et de souillures fâcheuses. Seulement le silence apaisant d’une nature libre. L’espace. Le temps qui semble tourner au ralenti. La présence discrète de la faune indigène. Le modeste écho de mes pas sur le tapis de feuilles échouées au sol, le souffle modéré de ma respiration et le froissement de mes vêtements dans l’effort.

 

 

Exilée dans les villes, le plus souvent par obligation, notre âme a besoin de sentir cette présence sereine du végétal. Au royaume du gris le vert est tout puissant. Le béton et l’asphalte sont de mornes créations humaines ; l’arbre est le chef-d’œuvre d’un artiste au talent inégalé.