Le rythme de la vie

 

 

Dans un ciel crépusculaire le soleil s’engage dans la résistance en irradiant le regard d’une lumière intense dont les rayons développent un large spectre de couleurs. Il engage ses ultimes forces dans un combat perdu d’avance mais c’est avec une dignité exemplaire qu’il s’effacera devant la nuit imposée par le rythme de la vie.

Tandis que l’obscurité gagne sur les toits des bâtisses et s’engouffre dans les rues de la ville, l’astre solaire perce les maigres nuages de ses faisceaux ardents. Les formes se devinent plus qu’elles ne se distinguent véritablement sous cette masse sombre qui s’impose déjà. La voûte céleste nappée de quelques volutes cotonneuses s’étire dans l’espace infini dans un dégradé allant du bleu limpide à un orangé poudreux.

Bientôt les êtres ne seront plus que des ombres déplaçant leur silhouette dans une atmosphère étouffée. Un ralenti s’installera. Les voix se tairont. Une anesthésie locale et ponctuelle suspendra tout mouvement plongeant les individus dans une vie parallèle, le sommeil. La nature même adhèrera à cette pause. Le chant des oiseaux ne cadencera plus les heures des quartiers paisibles ; les aboiements des chiens ne perturberont plus la tranquillité des ruelles sages ; les moteurs bruyants n’étourdiront plus les cerveaux saoulés par tant de vacarme perpétuel ;  seuls quelques chats vagabonds s’égareront dans les jardins ou les squares endormis, surpris parfois par l’apparition saugrenue de certains noctambules récalcitrants au système.

Une vague de rêves ou de cauchemars noiera les esprits dans un bain de repos derrière les épais rideaux de la nuit, le temps d’un cycle trop court pour la plupart, trop long pour les insomniaques.

Au terme de cette brève trêve, une lumière nouvelle jaillira de la ligne d’horizon, apportant rassurance aux plus inquiets, espoir aux impatients, bonheur à ceux qui ont pu donner un sens à leur quotidien. Les plus chanceux s’éveilleront dans la joie ; les oubliés du partage avec plus ou moins de courage à investir dans la lutte.

Au final, tous salueront la bienfaisance de ce retour car même la misère est plus belle au soleil.