Lorsque chavire l'esprit

 

 

Lorsque l’attente trop longue invite notre imaginaire à métamorphoser les lieux et les circonstances, le banal dégagement d’une structure scolaire se transforme en cabine de paquebot et nous voilà partis pour une évasion de rêve sur tous les océans de la planète.

Oubliant les naufrages célèbres, les brumes déprimantes des ports plongés en permanence dans la grisaille des horizons fermés, nous levons l’ancre par une belle journée ensoleillée, assez chaude pour nous permettre de demeurer à notre aise sur le pont, sans être étouffante afin qu’un léger souffle marin s’emmêle dans nos cheveux et caresse nos visages.

Le bateau s’éloignant, nous admirons l’artistique découpage des côtes qui s’étirent nonchalantes dans le paysage. Des îlots de maisons surgissent encore çà et là dans le panorama comme autant de regards tournés vers l’immensité, scrutant l’étendue comme dans l’expectative d’une visite impromptue. Des plages, au sable si clair qu’il en devient aveuglant, s’allongent en bordure, profitant de la fraîcheur des vagues qui se déroulent tout en douceur sur leurs silhouettes.

Bientôt la terre n’est plus qu’un souvenir flou. Le bleu du ciel se noie dans le grand large. Seuls quelques oiseaux marins nous suivent encore et cassent le silence environnant de leurs cris stridents. Les yeux clos, le sourire des bienheureux figé sur nos faces, nous percevons la course puissante de notre embarcation qui brise les flots dans son avancée.

Ailleurs nous découvrirons d’autres images du monde, des gens et des destins différents. Nous imprimerons en nos mémoires une multitude de clichés insolites, des tranches de vies inoubliables qu’elles soient simples ou extraordinaires, d’autres envies de rencontres et de partage, des songes lointains et parfois même déraisonnables.

Un jour peut-être, nous aurons le courage d’effacer le virtuel et d’enclencher la réalité. Se lever, regarder par le hublot et ne plus y voir les couloirs conventionnels d’un collège mais le mouvement ample et délié des rouleaux marins, un espace grandiose à perte de vue, une étendue tellement démesurée qu’elle nous en coupe la respiration, des limites si repoussées qu’elles offrent autant de perspectives inédites.