Lutte éternelle

 

 

En ces premières lueurs, les courbes sombres de la ville, noyée dans l’obscurité d’un univers encore dominé par la nuit, tracent une ligne d’horizon entre le ciel et le fleuve. Des grosses nappes de nuages ténébreux et épais s’imposent magistralement, masquant avec arrogance de fines guirlandes poudreuses qui s’effilochent sous le bleu limpide de la voûte céleste. Cette masse monumentale trônant au-dessus de la cité, défilant telle une troupe armée, inspire les pires craintes et accentue un sentiment proche de la peur apocalyptique. Le monde semble tellement infime voire insignifiant face à sa puissance démesurée. Présentement l’envahisseur chemine paisiblement mais le risque d’une agression intempestive demeure bien trop envisageable pour que la sérénité soit intégrale.

Pourtant l’onde est calme. Seuls quelques mouvements indociles de poissons perturbent le cours qui flâne nonchalamment le long des berges, poursuivant sa route tranquillement jusqu’à la mer.

Submergé par tant de nébulosité, le regard posé sur cette scène pourrait croire que le pire règne ici-bas, que la fin est proche, qu’un gouffre va apparaître et tout engloutir s’il n’y avait cette lumière triomphante qui perce la noirceur et appelle le soleil à vaincre l’ombre. Dans un reflet surréaliste, elle pénètre la couche opaque et plonge scintillante telles des millions d’étoiles dans le fleuve.

Désormais, en dépit de l’austérité de tout ce noir, toutes les peurs s’effacent. Il a suffi un rayon de clarté, d’un faisceau s’éclatant sur l’eau en engendrant une myriade d’étincelles pour se convaincre que le jour surmonte toujours la nuit. Que le bien l’emportera sur le mal.