Martyr éternel

 

 

Il avait à peine plus de 3 ans lorsqu’il a été arrêté, ou devrait-on plutôt dire kidnappé ! En moins d’un mois le nom de cette innocente créature est venu s’ajouter sur la liste criminelle des victimes de la plus terrible des barbaries humaines. Une plaque dans un jardin public blésois est érigée à l’ombre de grands arbres pour commémorer sa mémoire, et celle de tous ses frères disparus dans le brouillard de la cruauté. Rendre un hommage à l’enfance assassinée, ne pas oublier les horreurs commises sur des petits mais également des grands. Ne pas réitérer de telles sauvageries, lutter pour la paix et la tolérance, songer à ceux qui se sont battus parfois au prix de leur vie pour que triomphent la justice et la liberté.

Une plaque dans un jardin public nous rappelle des heures sombres, des actes ignobles commis sur des petits êtres sans défense. La conscience de cette réalité nous écoeure, nous trouble au plus profond de nous-mêmes. Nantis d’un équilibre acceptable, nous avons peine à imaginer que des humains, nos semblables sur cette planète, aient pu organiser de tels massacres. Comment a-t-on pu en arriver là ? Avec la plus sincère des volontés nous prions pour que cela ne se reproduise jamais plus… Pourtant nous nous mentons encore…

Nous nous voilons la face lorsque, tranquillement, le soir, nous sombrons dans un sommeil paisible, le cœur dépourvu de culpabilité face à toute la misère mondiale pour laquelle nous n’offrons que des soupirs de désolation mais aucun investissement personnel concret. Combien d’enfants de l’âge de Clément Lévy meurent chaque année parce que nous avons préféré acheter un gadget inutile au lieu d’offrir la même somme pour les nourrir ? Ils sont morts sous le joug de notre égoïsme…

Combien d’enfants périssent au cours de multiples conflits en Afrique ou ailleurs, exploités au sein d’entreprises illégales en Amérique du Sud ou en Asie, sans que la masse que nous représentons n’intervienne pas plus que la larme d’émotion ? Ils sont morts sous le joug de notre indifférence…

Combien de faits divers relatent des infanticides commis non loin de chez nous mais pour lesquels nous avons fermé les yeux au nom du respect de la vie privée d’autrui, prétexte boiteux inventé pour couvrir notre manque de courage ? Ils sont morts sous le joug de notre lâcheté…

Chaque jour ce sont des milliers de Clément Lévy que l’homme tue. Certes pas dans le même contexte que celui développé par les impitoyables nazis mais la souffrance et le résultat sont identiques. Comme à l’époque bien trop proche de Clément Lévy, nous sommes égocentriques, indifférents et lâches.

Parfois nous traversons ce parc, ou un autre quelque part, une rue, une plaque, un regard effrayé, un instant d’angoisse. Puis nous poursuivons notre chemin. Régulièrement nous suivons l’actualité, les journaux télévisés, les meurtres sordides commis sur des gamins qui pourraient être les nôtres, une réflexion de dégoût, la colère, quelques mots noyés dans le banal de notre repas. Puis nous reprenons une part du gâteau qui traîne sur la table en attendant le programme de la soirée. Souvent nous parviennent les échos d’états en désordre, de tourisme sexuel, du calvaire des gosses enrôlés dans des exploitations ignobles, des images de corps décharnés, des clichés d’enfants soldats. La vérité est là, sous nos yeux épouvantés, nos âmes troublées. Silence. Apathie. Reflets d’un quotidien ordinaire, trop loin. Nous refermons bien la porte derrière nous avant de sortir, celle de notre logis mais également celle de notre conscience.

Comment peut-on en être encore là ?