Rien à vendre

 

 

L’époque est difficile. Crise financière, chômage, baisse du pouvoir d’achat. Ici ce sont des postes qui sont supprimés, là des délocalisations abusives. Violence, révoltes, grèves, manifestations, notre quotidien est envahi de revendications légitimes même si elles ne s’expriment pas forcément en toute légalité. Traders, bonus faramineux, primes démentielles, stock-options, paradis fiscaux, la cupidité intemporelle d’individus si stupides qu’ils résument leur bonheur à un compte en banque, des êtres tellement insignifiants qu’il leur faut des liasses de billets pour avoir un peu de contenance.  Délinquance, crimes, viols, kidnappings, pédophilie, tourisme sexuel, l’homme perd toute conscience, vend son âme au diable. Attentats, guerres, massacres, prises d’otages, l’humanité pète les plombs au nom de principes détournés, de vengeances obsolètes, de haines séculaires, tous faux, prétextes mais non raison. Hold-ups, braquage, cambriolage, pirates de la route, on se croirait revenu au temps du Far West. Dérèglements climatiques, couche d’ozone, tsunamis, tremblements de terre, inondations, sécheresse, canicule, pollution, l’humain a détruit sa planète. Famines, sida, cancers, le mal ronge sous toutes ses formes. Prisons, suicides. Entreprises sous tension, suicides. Malaise dans la police, suicides. Foyers au bord du désespoir, suicides.

Résumé en quelques lignes l’ordinaire catastrophique que nous délivrent en permanence les médias dans leur ensemble. Vue sous cet angle il est une évidence que notre civilisation est plongée dans un chaos profond. En y réfléchissant de plus près, il est somme toute aisé de trouver le dénominateur commun de tous ces affres que nous pourrions éviter, contre lesquels nous pourrions facilement lutter, que nous serions aptes à éradiquer avec un peu de bonne volonté et surtout en changeant nos valeurs : l’argent. A un moment ou à un autre cet argent qui gouverne notre monde intervient dans tous les malaises cités précédemment. Otons toute importance au matériel et tant de vies seront transformées.

Malheureusement ne soyons pas absurdes, cela ne surviendra jamais. Bien au contraire, plus les siècles avancent, plus nous sommes enfermés dans une société de consommation qui, via des moyens de communication extraordinaires, cherchent à vendre toujours plus. Tout est bon pour augmenter un chiffre d’affaires, pour enrichir des investisseurs toujours plus gourmands.

Dans cette communauté du profit perpétuel, obsédée par les nombres à rallonge, j’ai déniché une perle rare : un lieu où il n’y a rien à vendre, où cet état de fait s’affiche en grandes lettres très visibles. Tandis que des millions s’échinent à trouver le bon filon pour parvenir à faire quelques affaires, s’épuisent durant de longues heures pour gagner de maigres revenus, que des services se spécialisent pour créer la formule magique qui remplira les coffres, un modeste fermier blésois emprunte l’autoroute dans le sens contraire de la marche : il n’a rien à vendre et que cela se sache ! Grand bonheur à vous, Monsieur, car vous détenez à n’en pas douter les clés du paradis…