A l'encre de mon coeur

 

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 Telles les lames de l’océan se fracassant avec puissance sur les flancs déchiquetés des rochers puis, meurtries jusque dans les abysses de leurs entrailles, s’évanouissent dans l’indifférence, cette vie s’imagine avec insolence ancrée dans la sérénité pour l’éternité.

Mais quand l’âme, essoufflée par les terribles épreuves du long voyage, s’échoue sur les rivages désespérés, ce ne sont que les écumes ténébreuses qui s’affirment à la vue cynique des témoins obscènes.

Dessinée tout en douceur, la maison du bonheur, chargée de soleil, avec vue sur la mer, n’est plus qu’une ruine pitoyable surplombant lamentablement les avaries du cœur. Les heures s’y égrènent vides puis, stériles jusqu’au plus profond de leur sein, se perdent dans la salle d’attente.

Le regard élude la vision magique de l’immensité translucide qui s’étire nonchalamment, dans laquelle se mire avec éclat la voûte bleutée gorgée d’un astre lumineux à outrance,  pour se noyer dramatiquement dans la houle déchaînée par un obscur ciel en colère.

Attendre. Dans cette pièce froide et morte. Un pas, une voix, un geste. Revivre en mémoire les chauds étés du passé, l’époque des joies et des rires, des belles promesses d’un avenir radieux. Telle une pensée obsessionnelle, chercher et comprendre les causes qui ont égaré les raisons, les sources, assurément futiles au vu de l’éphémère de notre passage, qui ont délabré les sentiments, métamorphosant la flamme et la lumière des sentiments en des âtres glacials et éteints. Comme si la marée avait emporté tous les trésors, n’abandonnant que les pires rebuts sur les récifs ensanglantés.

L’espoir. Tisser le meilleur des scénarios pour demain. Imaginer qu’une lueur subsiste au loin, dans cet horizon si sombre que l’œil peine à discerner que le bateau qui s’éloigne ne reviendra peut-être jamais.

Naguère j’ai trempé ma plume dans l’onde limpide pour écrire une histoire que je souhaitais sublime et immortelle. Aujourd’hui c’est à l’encre de mon cœur que je pleure les affres de ton départ.