Ambiance

 

 

Nous renfermons en nous une multitude de souvenirs. Des plus bénins aux plus particuliers, ils sont sagement rangés en notre mémoire. Parfois ils ressurgissent de façon anodine, l’actualité étant sans doute prétexte à leur réapparition. Certains demeurent perpétuellement vibrants et, quoique faisant partie intégrante d’un passé révolu, ils possèdent toutes les raisons d’être conjugués au présent. En fait nos attirances d’aujourd’hui sont largement dépendantes de ce qu’hier a inscrit en nous.

Une de ces traces indélébiles me guide de manière fondamentale dans ma quête du bonheur depuis mon enfance. De cet âge, j’éprouve l’absolue nécessité d’évoluer dans une ambiance particulière.

J’ai hérité de cette envie de ma grand-mère. Elle était gourmande et pétillante, rassurante et exaltée. Petite, j’adorais séjourner chez elle. Elle avait su engendrer, grâce à sa générosité naturelle, une enveloppe chaleureuse autour d’elle. Les lumières, les senteurs et les voix, mariés dans un juste équilibre, généraient en son intérieur des sensations inégalées à mes yeux. Les lueurs tamisées, la cire, le miel et les confitures se diffusaient en douceur au milieu des timbres ronds et clairs qui résonnaient tout bas. En fait c’était l’intimité tendre et insouciante de l’éternelle innocence qui persistait en ces lieux. Cette sérénité d’antan je la cherche encore. Lorsque je pénètre dans les pièces trop glaciales de mes connaissances, je suis frappée par l’éclairage blafard, par l’absence de parfums flatteurs, par l’évidence que ces existences ne sont que superficielles. Au fond de moi, franchement déçue, trop poursuivie par l’exceptionnel de naguère, je m’aperçois que la vie, celle des valeurs essentielles, n’est vraiment plus ce qu’elle était.

Si seulement j’étais amnésique.