Avenir

 

 

Alors qu'il pleuvait depuis presque une semaine, que j'étais condamnée à rester chez moi à cause des mauvaises conditions climatiques, je me suis mise à admirer mon jardin.

Grassement nourri par les averses diluviennes de ces derniers temps, le gazon poussait inlassablement. Passablement pessimiste j'imaginais alors cette herbe grimpant tellement qu'elle en deviendrait quasiment la savane. Ensuite je me voyais m'éreinter à tondre et remplir des sacs et des sacs de cette maudite prairie que j'avais eu l'idée stupide un jour de semer.

Soudain, alors que vint à ma vue ce cimetière qui a toujours été derrière chez moi, je fus envahie par une tristesse profonde. Abandonnées avec indifférence au milieu de ce qui fut naguère un champ, ces tombes s'élevaient avec désolation dans le gris de l'horizon. Ces âmes en peine qui étaient ensevelies là avaient été des êtres vibrants que la mort avait fauchés avec hargne. Jeunes ou âgées, elles croyaient encore, même dans leur dernier souffle, que l'avenir leur appartenait.

Mon herbe aussi croit en son destin. La pluie la caresse et la fait grandir. Le soleil la rend forte et belle. Pourquoi ma tondeuse viendrait-elle ternir ses espoirs ?

J'ai tourné les talons. De l'autre côté il y a la route et les voitures. Et demain sera un autre jour...