Boris et lui

 

 

Cela faisait des mois que je m’ennuyais au bureau. Le travail devenait routinier et les collègues n’avaient qu’un sujet de conversation : le sexe. Intéressant somme toute mais lassant quand c’est servi à toutes les sauces.

Il est arrivé, propre, aimable, sa sacoche et son livre de poèmes de Boris Vian. Enfin un individu avec un horizon différent. Nous avons sympathisé. Il m’a invité chez lui.

Là, le choc. Très peu de meubles, pas d’objets, aucune décoration sur les murs, uniquement des étagères avec des plantes. Sur les sols, partout, une invasion de plantes vertes ou fleuries. Etouffant. Impression de serre. Pour toute explication il m’a parlé de « L’Ecume des Jours ». Chloé et son nénuphar qui pousse dans la poitrine. Lui, il faisait grandir des plantes au sein même de son intimité. Particulier. La chambre. Un lit défait, des draps en gros coton blanc, un portrait de Vian au-dessus, des ouvrages de l’auteur pêle-mêle sur la moquette et une trompette. Où était l’arrache-cœur ? Avait-il fait son service militaire ?

Il était déserteur.

J’ai pris mon sac et je me suis enfuie ; j’avais trop peur qu’un jour, avec son obsession de Boris Vian, il m’emmène cracher sur les tombes.