Bouche

 

 

Le type me demandait pourquoi je ne l’embrassais pas. Je l’aimais bien au fond mais j’étais incapable de l’embrasser.

La première fois que l’on est sorti ensemble, il allumait cigarette sur cigarette et ne cessait de me répéter qu’il faudrait qu’il arrête de fumer car ça laisse une haleine de cendrier froid.

Ensuite, à table, il m’a donné une leçon d’hygiène buccale, indispensable trois fois par jour car les repas installent dans les dents de minuscules déchets qui pourrissent à la longue et endommagent l’émail. Il avait perdu sa brosse depuis une semaine, c’est pourquoi il venait de chez le dentiste. Un remplaçant douteux en cette période estivale et dont l’appareillage était loin d’être reluisant. A sa mine défaite il était évident qu’il craignait, de surcroît, avoir chopé une infection supplémentaire. D’autant que d’ordinaire il n’est guère chanceux.

Depuis, pensant à sa bouche d’égout vide-ordures débordante de mégots à peine éteints et peut-être rongée par un mal incurable, je n’ai même plus envie de lui offrir un sourire.