Carnet d'adresses

 

 

Mon carnet d’adresses, je le possède depuis très longtemps. Malgré toutes ces années écoulées, je n’en ai jamais changé. Parfois je le consulte afin de côtoyer autrement, par une pensée pudique, tous ces gens dont j’ai voulu graver le nom.

Je m’aperçois alors que nombreux sont ceux partis vivre ailleurs leurs heures, volontairement ou définitivement. Quel que soit le motif de leur silence, une certitude demeure, je ne les reverrai jamais.

Je devrais sans doute effacer ces lignes d’abonnés absents mais cette épreuve m’apparaît tel un affront, un manque de respect à l’égard de leur mémoire.

En conservant noir sur blanc ces références de naguère, je règle à ma façon une dette d’insouciance qu’hier affichait encore. Je lutte contre l’oubli, cet outrage monstrueux dont sont capables les êtres humains. Ce désir d’amnésie est odieux car rayer un nom dans un carnet d’adresses c’est désirer fermer les portes de son esprit à un disparu qui veut y pénétrer.