Déraciné

 

 

Il arrive d'Afrique, d'Asie ou d'ailleurs, peu importe, il est déraciné. Pour lui la France c'est le pays de la liberté ; elle lui a été offerte comme terre d'asile ; il va enfin y gagner sa dignité.

Désormais, oubliées la famine de son peuple, les oppressions politiques de ses dirigeants, la mort avant la vie. Ici tout est différent. Evidemment. Apparemment. L'espoir n'a pas survécu au voyage. Objectif rêve. Destination réalité, rude et amère.

Immeuble gris dans une banlieue triste. Intégration. Famille, amis, travail, langage, tout est à réinsérer dans un nouveau décor. Les portes se ferment, les voix se taisent, les regards soupçonnent, l'indifférence accuse. Il est parti loin pour échapper à son destin mais la fatalité poursuit inlassablement ceux qui sont condamnés d'avance à n'être que des victimes.

Immeuble gris dans une banlieue triste avec la gare en contrebas et le cimetière à côté. Il avait pourtant le courage, la force de croire que demain serait autrement ; il possédait la conviction qu'ici régnait une justice. Illusions perdues. Les trains s'enfuient dans le brouillard, il ne sait pas où et il s'en moque car il a compris que pour lui nulle région du bonheur n'existe ; il est déjà dans ce cimetière à côté de son immeuble gris dans cette banlieue triste et il n'aura jamais la chance de n'être seulement qu'un homme.