Dernière manche

 

 

Il était joueur. Il aurait parié sa vie s’il n’avait plus rien eu à miser. C’était en lui; les loteries, les jeux les plus divers, mais surtout les paris. Des plus bénins aux plus sophistiqués, il ne pouvait s’empêcher de se lancer des défis.

Je lui répétais pourtant que c’était un engrenage vicieux, de ces entreprises dans lesquelles on s’engage inconsciemment mais dont on ne sort jamais indemne. Il riait. Etait-il sincère ou était-ce encore une de ses formes de jeu ? Toujours plus haut, plus loin, plus vite. Il était persuadé que, tant qu’il possédait l’intime conviction de sa réussite, rien de fâcheux ne pouvait lui arriver. Les casinos, les champs de course, les circuits automobiles lui étaient familiers. Superficiel et léger, il n’était que survivant.

L’existence nous impose trop de virages sans visibilité. Un tournant lui a été fatal. Sans doute un moment d’hésitation, de ces secondes dérisoires que l’on ne contrôle pas totalement mais qui ne laissent aucune place à l’erreur. Cela fait aussi partie du jeu, mais était-il vraiment conscient de toutes les règles ?

Il était joueur et certainement tricheur. Un de ses jours sans chance, il ne s’est menti qu’à lui-même et il a perdu. Match aller sans retour. Résultat irréversible car c’était sa dernière manche.