Doute

 

 

Elle m'a téléphoné. Ce matin-là comme je n'avais pas envie de discuter j'avais branché le répondeur. Lorsque j'ai entendu sa voix, j'ai eu un moment d'hésitation mais je n'ai pas décroché. Plusieurs fois elle a laissé des messages, je ne l'ai jamais rappelée. Elle a même eu le courage de venir chez moi à maintes reprises. Elle savait que j'étais là ; je ne lui ouvrais pas la porte ; elle déposait inlassablement des petits mots auxquels je n'accordais aucune importance. Elle a tout essayé, j'ai tout refusé.

Elle avait été mon amie. Un jour il l'avait quittée et m'avait choisie. Elle n'avait pas supporté et me tenait pour unique responsable de leur séparation. Pas vraiment sûre d'elle, en fait elle doutait. Le doute à mes yeux c'est la confiance qui s'estompe, le début de la fin. Pour se rattraper elle me pleurait que c'était trop injuste après tant d'années ; elle me répétait qu'elle l'aimait plus que moi, que c'était une erreur tant de sa part que de la mienne. Elle résistait, au fond. Elle cherchait probablement à sauver quelque chose, à se protéger, à nous protéger. Une raison pour continuer à vivre, en quelque sorte. Rien n'était plus comme avant ; nous avions changé ; les sentiments que nous éprouvions les uns pour les autres s'étaient modifiés ; étaient-ils meilleurs ? De cette lutte aucun de nous n'en est sorti indemne.

Aujourd'hui je suis sur sa tombe. A cet instant précis je suis à la place qui était la sienne dans un passé encore récent. Lui, il est parti. Je n'ai rien dit, rien fait. Désormais une multitude de pensées m'assaillent ; je lance des appels qui s'éclatent dans le vide. Il n'y a jamais personne pour me répondre. Je ne peux hélas plus lui accorder qu'elle avait certainement raison car c'est elle, maintenant, qui ne m'entend plus.

Le doute, pour l'éternité. Et les remords avec.