Encore gagné

 

 

Toi tu riais tout le temps. L’absurde de l’existence tu le chassais à coups d’éclats de rire que tu lançais dans les airs telle une gifle bien placée afin de tout faire voler en mille morceaux. La dérision, le ridicule renversé, tu les maîtrisais avec un tel art que je me condamnais fréquemment à être la victime imaginaire de dégâts que tu n’engendrais même pas.

Moi je pleurais sans cesse. Les imprévus, les actes vils et bas m’ont toujours tiré les larmes du corps. Je pleurais aussi aisément que tu riais. Plus je pleurais, plus tu riais.

Désormais je ne pleure plus mais tu n’es plus là pour le constater ; par contre, dans mes moments de désarroi, je perçois encore les cascades de ton rire s’éclater dans le vide de l’instant. Je t’imagine même me narguant gentiment, comme détenant le bon trousseau des clefs de la vie.

Tu avais encore raison. Tu possédais les bonnes règles du jeu. Tu as gagné.