Françoise ou la sottise humaine

 

 

Au bout de vingt ans de mariage, mon père il a demandé le divorce. Motif : ma mère, elle était plus très fraîche. Il était militaire, gradé de surcroît, il paraît que ça se voit. Au niveau du visage, les cellules du cerveau qu'étaient manquantes ça lui donnait en effet un air bête. J'ai du reste pu constater que tous ceux qui faisaient carrière avec lui avaient la même physionomie, ça doit faire partie des caractéristiques communes indispensables à posséder dans ce genre de profession.

En tout cas, ma mère, il l'a pas ratée. En deux coups de cuillères à pot, il l'a renvoyée à la départ, elle a même pas touché le bonus et il l'a remplacée par une jeunette. C'est vrai que Françoise elle avait beaucoup moins d'heures de vol. La carrosserie et le châssis étaient en bien meilleur état et le moteur devait démarrer au quart de tour. Néanmoins, d'emblée, cette fille-là il était évident qu'elle avait pas inventé le fil à couper le beurre. Elle avait certes pas les problèmes de corrosion et de carburation de ma pauvre mère mais t'avais intérêt à être un pilote chevronné pour la guider sinon, en public, tu t'écrasais vite fait.

Ca faisait bien 5 ans qu'ils étaient ensemble quand mon paternel, caserné dans le Nord, reçut un ordre de départ pour Madagascar. C'est Françoise qui fut la plus heureuse. Elle allait enfin pouvoir bronzer. Franchement c'était nécessaire car son teint relevait nettement du cachet d'aspirine et Lille c'est pas la meilleure station pour prendre des couleurs. Depuis 5 ans qu'elle nous bassinait les oreilles avec ses envies de soleil, elle était enfin exaucée et nous aussi. De toute manière elle aurait du se douter qu'il y avait une différence de climat entre la Côte d'Azur et le Nord, mais elle était aussi nulle en géographie.

Voilà nos amoureux partis pour Tananarive. Régulièrement nous avions des nouvelles, surtout sur l'intensité du bronzage acquis par Françoise. En fait, on s'en foutait mais on avait la paix. Un jour on apprend que Françoise est enceinte. Inquiétude de notre part, on s'est demandé ce qu'elle allait nous pondre étant donné les carences de la machine. Les mois passaient et le silence s'était installé. On était heureux, ça nous évitait de répondre. Je t'explique pas le choc aussi lorsque nous avons reçu un pli nous faisant part de la séparation de Françoise et de mon père. Ces deux là étaient si bien assemblés au niveau de leurs inaptitudes intellectuelles qu'on croyait dur comme fer que même la mort les séparerait pas et qu'il partiraient ensemble.

Bien plus tard, nous avons appris que la belle avait commis l'erreur de trop. Quelque part elle avait dépassé mon père et il avait pas supporté l'outrage. En effet, à la naissance de Sophie, elle s'était mise dans une colère extrême devant tout le corps médical en prétextant que l'enfant qu'on lui présentait ne pouvait pas être le sien car, étant né à Madagascar, il était impossible que le bébé soit blanc.

Mon père avait trouvé plus con que lui et il a jamais supporté qu'on lui soit supérieur ; c'est sans doute pour ces deux raisons qu'il a fini général.

P.S. : Avec un tout petit effort supplémentaire de sa part, il aurait pu terminer Maréchal. Hélas il paraît que ce grade-là il se décerne plus qu'à titre posthume. Maintenant qu'il est mort il a toutes ses chances...