Gazon

 

 

Tu dis toujours que la vie est grave, que nos heures sont chargées d’une urgence alarmante ; tu énonces cela sur un ton dramatique et pourtant l’instant d’après tu éclates de rire et tu me lances d’un air tellement puérile qu’il est ridicule de tout pendre au tragique, que je n’ai qu’une envie c’est de venir dans tes bras et de ne rien faire de la journée.

A chaque fois j’y songe, je m’avance vers toi tout doucement afin de paraître assez fragile pour nécessiter cette protection que je vais te réclamer. Je suis convaincue que tu seras incapable de me la refuser cat ton regard est si tendre, l’instant est si paisible, tellement propice.

Quand soudain, si près de toi, si sereine en moi, tu détournes tes yeux, observes le jardin, instinctivement ; tu me parles de la tondeuse et de cette herbe qui pousse.

Alors j’attrape mon sac et je sors.

Demain pourvu qu’il pleuve, ainsi le gazon attendra.