L'ange

 

 

A quoi je pense vraiment ? Sincèrement, je ne sais pas exactement. Hier, aujourd’hui, demain se bousculent en moi dans un tel désordre que j’ai l’impression de n’être qu’un couloir de métro aux heures d’affluence. Les gens sont entrés et sortis de ma vie sans que je m’en sois véritablement aperçu ; certains y ont séjourné quelques temps, d’autres n’ont fait que la traverser furtivement. Ils m’ont parlé, je ne les ai pas entendus ; ils m’ont sans doute regardée, je ne les ai pas vus. Je leur ai certainement adressé quelques propos mais ils n’y ont pas accordé de réponse ; je leur ai offert des regards affectueux, ils n’y ont pas porté d’attention. Nous étions sourds, aveugles et muets. Je reste seule, le corps immobile et la tête vide. J’attends. Quoi ? La mort. Pas vraiment. J’ai encore l’espoir et elle n’est que défaite, démission définitive face à une absurdité que l’on ne peut combattre, visiteuse indécente qui s’invite en nous alors qu’on la refuse. J’attends. Qui ? Toi, peut-être. Qui es-tu déjà ? Je ne me souviens pas t’avoir connue. Je ne sais même pas pourquoi je te dis tout cela. Sans doute à cause de ta beauté. Peut-être à cause de ta venue impromptue. Excuse-moi mais j’ai encore tant de choses à faire ; j’ai oublié d’accomplir tellement d’actes depuis trop d’années, j’ai omis l’essentiel. Il est si tard aussi. Des ailes blanches dans ton dos… Je me rappelle maintenant. Il y a longtemps j’ai entendu un petit garçon te nommer « dame papillon ».

C’était donc déjà pour ce soir…