Le vrai bonheur

 

 

Une forêt luxuriante, une prairie revêtue d’une herbe abondante et bien verte, un ciel d’un bleu limpide où seuls quelques nuages cotonneux s’étirent nonchalamment, un soleil franc et radieux, une petite fille qui court insouciante dans les pâturages parsemés de coquelicots. Pieds nus elle s’ébat jusqu’à en perdre haleine sur les courbes rondes d’une douce colline. Lorsqu’elle parvient au sommet, quelque peu essoufflée, elle contemple le paysage qui se déploie sous ses yeux.

Une immense plaine généreusement tapissée d’un somptueux et riche herbage, des meules de foin qui paressent ici ou là, des arbres avantageusement touffus, des petites maisons charmantes qui se prélassent dans la quiétude, des vaches et des moutons gourmands et une rivière qui serpente entre les vallons. Elle s’approche de la berge où la source se faufile entre des grosses pierres aux harmonieuses formes bombées telles des pulpeuses miches de pain se baignant dans l’onde claire, puis sautille de l’une à l’autre.

Joyeuse elle atteint l’autre rive et se met à danser, elle tournoie aussi légère qu’un flocon dans la bise. Ensuite elle sillonne à nouveau le pré généreusement chevelu et, émerveillée, s’attarde sur une jolie fleur dont les pétales aux teintes saumonées sont parfaitement dessinés. L’enfant cueille la fleur puis la serre tendrement contre son cœur qui palpite très fort de tant d’émotions. Elle reprend sa balade effrénée.

Un instant elle s’arrête pour jouer avec un papillon qui virevolte dans les airs. Plus agile que l’innocente gamine, l’animal lui échappe et se pose sur l’extrémité d’une branche pour y prendre un peu de repos. La farouche fillette s’obstine et tente de rejoindre l’insecte quand celui-ci prend son envol et qu’elle chute dans la rivière. Loin d’être paniquée, elle en profite pour se débattre gaiement dans un tourbillon rafraîchissant. Délaissant ce bain délicieux, elle emprunte un étroit chemin sinueux qui aboutit à l’orée d’un bois où flâne une biche.

Innocemment la fillette se cache derrière le tronc d’un arbre ou se dissimule à l’ombre d’un petit rocher pour admirer l’élégant cervidé. La bête devine sa présence mais ne s’enfuit pas pour autant. Rassurée, l’enfant s’approche, la caresse puis s’allonge pour une sieste le long de son flanc. Au réveil, elle gambade de plus belle, ramasse un pissenlit sur lequel elle souffle de façon espiègle afin de voir s’échapper les aigrettes vers les hauteurs célestes. Toujours aussi enjouée et dynamique, elle entame une longue roulade sur la pente d’un versant et termine ses pirouettes sur un tapis de verdure agrémenté de boutons multicolores.

Elle s’allonge dans le pré et s’extasie devant le coucher du soleil qui embrase la voûte de mille feux. Tandis qu’elle s’enthousiasme du spectacle flamboyant que la nature lui offre, le papillon ressurgit et se pose sur l’une de ses joues. Avertie, elle n’effectue aucun geste mais se contente de profiter du privilège extrême dont elle dispose. Puis il échappe à nouveau pour disparaître dans l’immensité du couchant.

Il se fait tard. Elle doit retrouver les siens. La journée a été merveilleuse. Elle respire profondément afin de mieux inscrire les impressions exquises des dernières heures en ses souvenirs.

Et si c’était cela le vrai bonheur ?