Libertés

 

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S’il est un terme magique et unique qui agit en nos vies tel un sentiment divin c’est bien la liberté.

Celle de vivre avant tout,  aussi indépendant que l’oiseau, porté par le vent, apte à pouvoir admirer l’immensité de l’univers qui se déroule sous ses ailes, semblant disposer d’un espace infini. Effacer toutes les chaînes qui nous retiennent à de futiles possessions, gommer les devoirs et les obligations que l’on se créée inutilement. Vivre libre même si ce n’est que survivre parce que le quotidien n’est que misère et désolation, routine et ennui, désespoir et solitude. Vouloir rester ou choisir de partir car l’habituel est devenu trop banal. Demeurer pour changer ou s’enfuir pour délaisser. Vivre en couleur ou en noir et blanc, optimiste ou dépressif chronique. Ne pas distinguer les différences, considérer le monde telle une grande famille. Limiter ses contacts et poser des bornes à sa tolérance. S’habiller de rouge ou de rose, que ce soit pour un mariage ou un enterrement, sans raison ni cause, au-delà des saisons, simplement par envie. Regarder les heures qui coulent et ne rien faire, observer la foule et casser le moule. Etre comme tout le monde ou refuser de tourner dans la ronde. Se fondre dans la masse jusqu’à devenir transparent, oublier son image, sa rue et son âge. Lâcher la main, danser à l’envers, chanter faux et oublier les paroles. Ne plus être sage, ne pas apprendre ses leçons et dormir à la belle étoile. Ne jamais se trahir ou faire semblant, être vrai tout le temps ou porter des masques, se déshabiller sans complexes ou se replier sur soi-même. Admettre ou refuser mais vivre avec liberté, fraternité et dans l’égalité.

Liberté d’apprendre, de vouloir tout comprendre. L’esprit toujours en alerte tel un cahier dans lequel on retranscrit les moindres détails. Trouver les réponses aux pourquoi et aux comment. Elucider tous les évènements, les causes et les conséquences, les acteurs et les victimes. Comprendre les incidences sur l’immédiat et dans l’avenir. Retenir les dates et les lieux, les noms des hommes et ceux des dieux. Situer les endroits et discerner la frontière qui sépare un être ordinaire d’un génie. Engranger les notes, maîtriser les partitions, dompter tous les arts pour dominer la création, pour illuminer son existence avec des teintes éclatantes et noyer ses jours dans un tourbillon de musique entraînante. Chercher dans les livres les sources de nos délires, les fondements de nos croyances et les preuves de nos erreurs. Etudier les sagesses, les trois dimensions d’une vie achevée, le pouvoir des mots et la force des idéaux. Se nourrir d’histoire, celle avec un grand H ainsi que les petites qui l’alimentent. Pénétrer toutes sortes de romans afin d’aborder une multitude d’aventures, traverser cent vies, s’enivrer des parfums lointains, un jour Docteur Jekyll et l’autre Mr Hyde. Apprécier la géographie pour visiter une multitude de pays, les paysages, les climats, les communautés et leurs cultures. Libre d’apprendre pour garnir son esprit, enrichir et embellir son âme puis ressentir les bienfaits de la connaissance.

Liberté de parler, oser tout dire, ne jamais rien cacher. Mettre  à jour les abus, les intolérances et les inadmissibles. Révéler les évidences et les incohérences, les injustices et les privilèges, les mérites et les qualités. Surmonter ses craintes et porter haut sa voix, ne négliger aucun détail, éluder les représailles. Ne s’octroyer aucune limite, utiliser tous ces mots qui font frémir les peaux et glacent le sang,  pour qu’éclate seulement la vérité, celle fondée et justifiée, non de ces rumeurs empoisonnées colportées par des langues malsaines. Apporter son soutien aux plus faibles et aux déshérités, aux malades et aux oubliés. User de sa liberté de quémander, critiquer, exiger pour que bougent les habitudes et changent les attitudes.

Liberté de penser, impossible à contrôler, moteur secret alimenté par tous les évènements qui bousculent nos âmes, gonflent nos veines et enflamment notre cœur. Souffrir de toutes les horreurs, pleurer de tous les malheurs. Laisser les émotions se déchaîner, percevoir la révolte qui gronde jusqu’au bout des doigts et le désespoir qui inonde notre corps. Sentir l’enthousiasme qui électrise jusqu’aux cheveux, la machine qui s’emballe, le bonheur qui chahute. Penser que c’est faux même si c’est notre loi, ne pas admettre parce que c’est écrit, ne pas cautionner simplement parce que la masse valide. Penser que c’est vrai car c’est notre foi, notre opinion profonde, nos certitudes. Avancer clair, la raison en harmonie avec les sentiments. Penser en rouge ou blanc, pencher vers le vert ou décider de s’abstenir. Penser sans s’arrêter pour vibrer en permanence, sans chaînes ni filets, car c’est un droit éternel, de toutes les couleurs, universel, un privilège acquis que nul pouvoir ne peut révoquer, qu’aucune puissance ne pourra jamais asservir. Liberté de penser, à tous les temps, en tous les lieux, seul ou en collectivité, aujourd’hui, demain et jusqu’à l’ultime seconde.

 

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Liberté d’agir, selon nos désirs, suivant nos envies. Se coucher dans l’herbe un jour de pluie et admirer les nuages. Sauter dans les flaques et rire aux éclats. Se parer d’habits de gala et se jeter dans la mer. Lire dans sa baignoire et souper au lit. Suivre nos délires en évitant le pire. Liberté de s’asseoir même si les autres se lèvent, liberté de commencer lorsque tout s’achève. Se coucher le matin et vivre la nuit. Fermer les volets et ouvrir les portes. Agir avec volonté, sans fléchir ni trembler, la chevelure au vent et le cœur vaillant, le corps droit et le pas décidé. Liberté de désirer lorsque tout est abandonné, toujours rêver quand le noir triomphe, tirer des plans, dessiner des projets et avancer en dépit des obstacles et des critiques. Liberté de choisir pour l’avenir car il vaut mieux être un acteur raté qui aura tout tenté qu’un spectateur peureux chargé de regrets.

Liberté d’oublier, le bien et le mauvais, les charges inutiles et les fardeaux nuisibles. Tout laisser ici-bas, tout quitter en l’état, car le présent est nocif et l’avenir futile. Effacer de nos esprits les caprices et les nostalgies, tourner la page et voir d’autres images. Fixer l’horizon sans jamais se retourner, détruire les feuilles d’une histoire mal achevée pour tenter de composer une œuvre plus heureuse. Quitter ce paysage et trouver d’autres rivages, faire le vide, gommer le sordide et même du meilleur vouloir d’autres heures.

Liberté d’aimer, sans voile ni secrets, en blanc ou en couleur, ici ou ailleurs. Se détacher des lois et des préjugés, des habitudes et des coutumes. Bafouer les interdits en toute légalité, se moquer des hommes et de leurs dogmes, dépasser l’ordre inscrit et les unions à proscrire. Se parler tout bas, sans lieux permis ni heures autorisées, simplement se trouver. S’embrasser, s’enlacer, et toujours recommencer, au mépris des mauvaises pensées, des fâcheuses consciences qui s’offensent de telles attitudes. Ne jamais résister mais toujours rêver, combattre la routine qui enlise la passion dans l’ennui. Négliger le raisonnable et le sérieux, ne pas chercher à être mieux. Liberté d’aimer en jeune ou en vieux, en petit ou grand, en mince ou en rond, pour un jour, une nuit ou l’éternité.

Liberté de mourir, sans cris, sans souffrir. Choisir sa date, son lieu et son heure. Eviter la déchéance et la dépendance, la pitié et la compassion, les malheurs et les pleurs. Suivre sa voie, sans principes ni manières mais jusqu’au terme demeurer digne. Songer au bleu du ciel, à la danse des blés, au chant de l’oiseau. Admirer le sourire de l’enfant, retrouver en lui celui que l’on fut et prier. Quitter cette terre en songeant une dernière fois, même si nous envahit le désarroi, que de cette vie nous n’avons rien à envier car nous avons toujours vécu dans la liberté.

 

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