Rubrique nécrologique

 

 

Tous les jours j’achète mon journal. Rapidement je survole l’actualité internationale, les nouvelles nationales, les faits divers et les sports. Là où je m’attarde le plus c’est sur la rubrique nécrologique. Bizarre mais j’ai mes raisons.

D’une part ce qui m’inquiète est que le nombre des décès est toujours supérieur à celui des naissances ; à cette cadence, le coin sera un désert dans quelques années. D’autre part, tous ces types dont on annonce noir sur blanc la disparition, ils sont tous globalement morts dans l’indifférence. Si ce n’est pas le cas aujourd’hui, cela le deviendra demain. Cet article dans la presse, c’est, en fait, leur ultime chance de passer à la postérité. Trop d’individus se sont attachés à leur présence de leur vivant, encore moins maintenant qu’ils sont absents ; alors je peux bien faire l’effort de leur accorder mes pensées pendant cinq minutes. Enfin, si je ne peux pas m’empêcher de donner autant d’importance à cette rubrique, c’est parce que j’imagine ces êtres, il n’y a pas si longtemps encore, en faire de même.

Lamentés ou pas à la lecture de tous ces noms de disparus, ils étaient, la plupart, inconscients du fait que leur destinée s’acheminait vers la même gare. Comme moi, aujourd’hui. Peut-être compatissaient-ils à ces destins parfois tragiques ; en tout cas, l’espace infime de cette manœuvre, ils allouaient quelques uns de leurs bons sentiments à la victime du sort.

Moi, j’aimerais, plus tard bien sûr, le plus tard possible sera le mieux en fait, qu’il y ait des gens qui lisent mon article de décès. Je serai enfin célèbre, le bol ! Quoique, tout bien considéré, ce n’est guère le genre de gloire après laquelle je cours !