Souvent la nuit je pleure

 

 

Souvent la nuit je pleure. Vers deux ou trois heures je me réveille, telle une habitude, et je pleure.

Je ne peux m’empêcher qu’un jour, à ce moment précis, tout s’arrêtera pour moi.

Désormais j’en possède tellement l’intime conviction qu’à chaque réveil nocturne, comme si c’était l’ultime avant le repos éternel, je pleure.

En ces larmes s’exprime ma crainte face à cette obscurité pesante. L’espace infini qui appelle les âmes vers une destination ultra secrète engendre l’angoisse. Le ciel, si vaste, si noir et pourtant resplendissant de ses milliards d’étoiles scintillantes est le symbole vivant en ces instants sombres des paradoxes déconcertants qui jalonnent nos destinées et bousculent nos équilibres. Fréquemment je m’imagine que cette voûte n’est qu’un rideau et que je le déchire pour oser regarder ce qui se cache derrière.

Hélas je suis trop petite, si impuissante. Indubitablement nous n’admettons pas ce manque de contrôle intégral. L’homme regorge de carences. Les êtres, les choses, les événements, notre univers surtout, nous échappent maintes fois. Notre fin totalement.

Cette faiblesse me fait redouter le pire. Ignorer d’où l’on vient est déjà une inquiétude sourde, lourde à supporter ; se trouver face au néant pour l’après est foncièrement effrayant. Errance. Notre naissance s’effectuant dans une relative inconscience cérébrale, dépendante seulement des volontés étrangères, l’attitude à adopter est l’admission. Ensuite nous avançons plus soumis que libres. Enfin notre séjour s’achève vers l’inconnu, voie sans issue obligatoire.

A nul instant nous ne possédons de choix véritable. Je n’ai jamais demandé à venir dans ce monde, encore moins à y vagabonder en permanence, néanmoins je serai, comme chacun, condamnée à le quitter malgré tout, malgré moi. Pour l’enfer ou nulle part, le terme importe peu, peut-être de nuit de surcroît.

Même si je sais que l’on ne peut connaître le résultat d’une opération avant de l’avoir exécutée, une fois dans ma vie, je souhaiterais détenir les réponses avant d’affronter le problème. Malheureusement, la création, si fière de sa suprématie invincible, ne dévoilera jamais le moindre de ses secrets.

Parfois nous croyons élucider certaines énigmes ; ce ne sont que de dérisoires traces laissées volontairement en évidence au cours d’un parcours truqué afin d’apaiser nos curiosités déraisonnables de bêtes humaines. Reflets trompeurs renvoyés par un miroir brisé par l’usage de l’âge. Alors je pleure.

Je demande pardon pour mes journées chargées de rires inconscients et mes nuits de regrets perpétuels ; je ne suis encore qu’une enfant au regard de l’éternité.

Les enfants pleurent souvent la nuit…