Vengeance

 

 

Durant toutes ces années que j'ai passées avec toi, je n'ai éprouvé qu'une réelle envie, celle de te quitter.

Souvent la nuit, alors que tu ronflais bruyamment, cuvant cet alcool dont tu empestais, je cherchais la formule idéale et cinglante que je pourrais te balancer à la face tel un upercut assommant pour t'annoncer mon départ.

Jamais à tes côtés, mais toujours derrière toi, tu m'exposais à ton entourage crétin au même titre que ton argent puant, tes propriétés au luxe tapageur ou tes automobiles au look clinquant, richesses dont je moquais éperdument. Sans cesse je voulais t'avouer que tu me répugnais, que le seul bonheur que tu m'aies offert est ces deux filles auxquelles tu ne prêtais pas la moindre attention. Lorsqu'en public tu me détruisais de ta supériorité arrogante, j'ai maintes fois désiré tout claquer, te crier face à ces gens que tu dominais avec mépris que tu n'étais qu'un vaurien, qu'une créature hideuse qui pourrirait dans la solitude.

Sotte que j'étais ! Tout abandonner pour qu'une autre profite de mon insouciance ! Heureusement j'ai réalisé très vite que j'allais commettre une immense erreur, que le temps jouait en ma faveur, que tous les excès te conduiraient rapidement à la tombe.

Et j'ai vu juste, mon seigneur et maître. Ton cholestérol et ton diabète ont précipité ta fin et abrégé mes souffrances. C'est dans un état d'extase suprême qu'avec Patrick, tu sais ton fidèle secrétaire et mon amant naturellement, que nous t'avons conduit au cimetière. Il faisait un tel soleil que je n'ai pu m'empêcher de porter ce superbe tailleur blanc de chez Chanel que j'ai acheté il y a à peine 2 mois ; tu comprendras sans doute, toi l'anticonformiste né, qu'il eut été indécent d'afficher une peine inexistante.

Aujourd'hui je suis pleinement sereine ; Patrick me dorlote et son aide m'est précieuse lorsqu'il s'agit de vendre tes usines, de brader tes villas, de solder tes tas de ferraille. Les vautours veillaient, mais ils n'ont même pas pu ramasser quelques miettes. Tu aurais du voir leurs mines défaites, c'était un spectacle des plus réjouissants.

Désormais, après avoir liquidé tes crus millésimés, brûlé tes tenues exubérantes et tes costumes hors de prix, je suis assise dans ton fauteuil et je fume une de ces anglaises que tu détestais. Je savoure un plaisir inouï que tu ne connaîtras jamais, celui de te survivre, d'avoir ruiné l'empire d'un mort, d'avoir enterré sous de l'argile sèche ton corps et toutes tes prétentions inutiles.