La flore et la faune conjuguent leurs moyens pour nous aider à jardiner au naturel et à reconstituer des écosystèmes riches et équilibrés. Il serait dommage de ne pas les inviter au jardin.
MAINTENIR LA DIVERSITE VARIETALE
La liste des variétés cultivées n’a fait que se renouveler au cours des siècles. Il faut cependant veiller à conserver les espèces anciennes, riches d’un patrimoine génétique d’une valeur inestimable.
Plus un jardin est riche en variétés de fleurs, fruits, légumes, plus il est vivant, car il est susceptible d’attirer des espèces animales et végétales différentes.
Le mariage des fleurs et des légumes
Les fleurs ne sont pas seulement décoratives. Elles attirent les insectes pollinisateurs et les auxiliaires, précieux alliés du jardinier, notamment au potager. C’est la principale raison pour laquelle nous sommes revenus à l’art du potager fleuri, qui était tombé en désuétude, au profit de potagers de production intensive. Autre argument qui a beaucoup pesé ces dernières années en faveur de leur retour en grâce : nombre d’entre elles sont comestibles. Parmi ces belles à croquer : bourrache, souci, capucine, bien sûr, mais aussi cosmos, bégonias, hémérocalles, violettes et petites pensées de nos grands-mères.
Au potager, hybrides ou variétés anciennes ?
Issus de croisements destinés à accroître leur résistance aux maladies, les hybrides, dits « F1 », sont nombreux. Il faut savoir que leur prix est de 3 à 12 fois plus élevé que celui des variétés ordinaires. Pour certaines plantes potagères solides, comme la carotte, le potiron, le chou ou l’épinard, le recours à ces hybrides est discutable. En revanche, il est recommandé pour les espèces très sensibles à l’oïdium, comme le melon ou la courgette.
Comment reconnaître variétés anciennes, modernes et hybrides F1 ? A leur nom. Pour les variétés anciennes ou classiques, il évoque soit le terroir d’origine, soit des qualités, réelles ou supposées : l’épinard « Monstrueux de Viroflay ». De nos jours, la réglementation impose aux obtenteurs de donner aux nouveaux légumes des noms neutres, pour éviter toute tromperie. Pour ce qui est des hybrides, le suffixe « F1 » est toujours apposé à leur nom.
LA HAIE, REFUGE ET SOURCE DE DIVERSITE
Et si nos jardins devenaient les nouveaux bocages du XXI° siècle ? Face à la banalisation du paysage, les haies, en plus d’être belles et typiques, restent une source quasi miraculeuse de diversité biologique.
La haie est une belle utile. Elle protège du vent et des regards, limite l’érosion des sols et favorise la vie animale. Egalement décorative, elle transfigure le paysage. Toutefois, l’uniformisation de la haie est nuisible ; celle composée uniquement de conifères est, à priori, moins accueillante que celle constituée de feuillus. C’est pourquoi, désormais, on prône le retour de la haie « champêtre », en jouant de plus en plus la diversification des essences dont, en priorité, les espèces autochtones qui ont un potentiel écologique bien supérieur à celui des essences exotiques. Une bonne haie doit être riche et comprendre des essences variées, bien adaptées à l’environnement et aux conditions climatiques, produisant fleurs, fruits, graines et baies. C’est ainsi qu’elle devient un havre pour la faune à laquelle elle offre gîte et couvert.
Planter une haie c’est aussi participer à la création d’un paysage qui peut se révéler précieux à l’avenir. Ce bocage en reconstruction permettra peut-être d’atténuer, pour un temps, les effets du réchauffement climatique.
Les meilleures essences pour la faune
Pour qu’arbustes et arbres produisent des fruits, ils doivent être conduits en haie libre, peu ou pas taillée.
Pour les oiseaux et les petits mammifères
Pommier à fleurs, sorbier, sureau, bourdaine, aubépine, églantier, cornouiller sanguin, fusain d’Europe et merisier à grappes.
Pour les chenilles de papillons
Aubépine, églantier, houx, prunellier, saule, érable champêtre et chèvrefeuille.
Pour les insectes auxiliaires
Sureau, cornouiller sanguin, viorne obier, noisetier, buis, laurier-tin, charme, houblon, grenadier et laurier noble (laurier sauce)
Champignons toutes catégories
Lierre, églantier, viorne obier, noisetier et aubépine.
Penser à la circulation des petites bêtes
Aménager des corridors écologiques au jardin afin de permettre la circulation de la faune et des insectes : haies, bandes fleuries, murets de pierre sèche, mares, sont autant de zones de refuge et de passage.
BIEN ACCUEILLIR LES OISEAUX
Pour recevoir la visite du pic épeiche, de la mésange nonnette, du pinson du Nord ou de bien d’autres petites merveilles à plumes, il suffit de leur offrir le gîte et le couvert.
D’autant que le constat fait par la Ligue pour la protection des oiseaux est alarmant car les ornithologues sont formels : entre 1989 et 2001, la population des hirondelles a chuté de 84%, celle des linottes de 62%, des mésanges nonnettes de 61%, des sitelles de 55%, pour ne citer que quelques espèces familières.
C’est dire l’urgence d’intervenir en créant tout d’abord des haies offrant la protection d’épineux (pyracantha, berbéris…) et de feuillages persistants (houx, escallonia, laurier-tin…), dans lesquelles ils sont parfaitement à l’aise. Et que, de surcroît, on respecte la tranquillité des nichées en bannissant les tailles de ces haies entre fin mars et mi-juillet.
Par ailleurs, outre les haies, d’autres gîtes peuvent être aménagés pour les espèces cavernicoles qui, faute de vieux murs troués, d’arbres creux, comme il en existait par le passé, ont besoin de nichoirs choisis à bon escient.
Les modèles doivent être adaptés aux espèces. En bois ou en béton de bois (stable et imputrescible), avec des parois d’au moins 2 cm d’épaisseur et un diamètre du trou variable (3.2 cm au maximum pour une mésange). Ces nichoirs ou abris doivent être installés en hauteur, dans les arbres, à 2-3 m, et orientés à l’opposé des vents de pluie.
Afin de compléter au mieux ces aides au logement, ne pas oublier de leur fournir la bonne pitance à choisir parmi le vaste choix proposé dans les magasins spécialisés. Par contre, ne pas leur donner trop de graisses et surtout pas de pain ni d’aliments salés. En revanche, ne pas oublier les abreuvoirs ni les bains d’oiseaux.
Bien installer une mangeoire
La placer plutôt en hauteur, sur un poteau, au bord d’une fenêtre, à une branche d’arbre.
Dans un lieu découvert, hors de portée des prédateurs.
Près d’une haie ou d’un arbuste, afin que les oiseaux y trouvent un havre de paix pour décortiquer tranquillement les graines et s’y réfugier en cas de danger.
Les meilleures plantes pour les attirer
Arbrisseaux et arbustes à fruits
Les musts : sorbier des oiseleurs et sureau noir. Ils attirent plus de 60 espèces.
Exquis : sureau à grappes, genévrier, framboisier, bourdaine, groseillier et aubépine, dont se régalent plus de 30 espèces.
Très appréciés aussi : églantier, cornouiller sanguin, cornouiller mâle, fusain d’Europe, cerisier à grappes, if, viorne obier, troène d’Europe, prunellier, épine-vinette, nerprun, argousier, viorne lantane, coudrier et groseillier à maquereau, picorés par plus de 20 espèces.
Plantes à graines
Arroche et ortie pour le bouvreuil et le tarin.
Bardane, cardère et autres chardons pour le chardonneret.
Rumex pour le bouvreuil.
Tournesols pour les verdiers.
Arbres à graines
Frêne et érable negundo, dont les samares font les délices du pinson des arbres et du pinson du Nord.
Aulne pour le tarin.
Chêne pour le geai.
Noisetier pour les sittelles torchepot.
PRECIEUSES ABEILLES
Sans les abeilles, point de miel. Mais point de fruits ni de légumes non plus. Irremplaçables pour l’équilibre biologique, ces petites fées doivent être choyées.
Sans vouloir tenter l’aventure de l’apiculture, même en amateur, on peut se contenter de favoriser les visites de ces travailleuses dans les jardins. Pour cela, il suffit de planter en abondance les végétaux qui les attirent.
Nombreuses sont les plantes mellifères. Parmi elles, les plantes aromatiques et parfumées comme le thym, l’origan, les sauges, le romarin, la lavande, l’héliotrope. Les fleurs de la famille des composées (marguerite, rudbeckia, aster), riches en pollen, sont aussi très appréciées. Les fleurs des champs, des prairies, d’une façon générale, les plantes le plus proche possible des espèces sauvages, sont attractives. Les fleurs simples plutôt que doubles, les petits fruits et arbres fruitiers sont également plébiscités et de surcroît fécondés (favorisant ainsi des récoltes abondantes).
Il est cependant nécessaire que le jardin et le verger soient cultivés le plus naturellement possible, sans insecticides et autres produits chimiques tant redoutés.
Assurer la pollinisation
Pour cela il suffit d’installer au jardin des ruches ou des nichoirs pour les abeilles sauvages.
Les arbres fruitiers :
Pour les espèces autostériles, comme le pommier, poirier, prunier et cerisier, deux arbres de variétés compatibles ne doivent pas être espacés de plus de 15 m.
Les légumes :
Pour attirer les abeilles au potager, il suffit de semer en abondance de la bourrache.
L’abeille sentinelle
En Europe occidentale, l’abeille domestique représente plus de 60% des insectes pollinisateurs. Très sensible aux insecticides, son sort dépend de la qualité de l’environnement. L’abeille, sentinelle de l’environnement, est d’ailleurs le slogan d’une campagne nationale lancée par l’Union nationale des apiculteurs de France (Unaf) et soutenue par Botanic et 100 Idées jardin. Elle a pour objet de sensibiliser le grand public à la sauvegarde de l’abeille et de la biodiversité.
CES PETITES BETES QUI NOUS AIDENT
De nombreux insectes concourent à l’équilibre écologique du jardin, et tous ont besoin de se nourrir du nectar et du pollen des fleurs. A nous de tirer parti de cette spécificité biologique pour lutter efficacement contre pucerons, chenilles et autres ravageurs.
Les coccinelles ont toujours eu la faveur des jardiniers car elles ont un appétit vorace pour les pucerons. Toutefois, les coccinelles d’élevage ne doivent pas faire oublier les innombrables autres auxiliaires naturels qui pourchassent ou parasitent les indésirables.
Dans la catégorie de ces prédateurs figurent aussi la minuscule punaise anthocoride, la larve de la chrysope et celle du syrphe, dont le régime est à base de pucerons. Au nombre des parasites bienfaiteurs, on trouve également des mouches appelées « tachines », ou encore de toutes petites guêpes dénommées ichneumon, trichogramme, etc… A elles toutes, ces bestioles sont bien capables d’envoyer le pulvérisateur et tous les insecticides au placard. Toutefois, elles ont toutes des points communs : elles ne supportent pas les traitements chimiques et ont besoin des fleurs.
Ce sont, en effet, de grandes consommatrices du nectar sucré et du pollen riche en protéines que produisent les fleurs. Les plus fréquentées sont celles de la famille des Astracées (à fleurs de marguerites) et les aromatiques. Ne pas hésiter à installer à divers endroits du jardin ces complices faciles à cultive. Cette méthode de lutte naturelle, dont l’efficacité a été scientifiquement vérifiée, nécessite toutefois quelques précautions : en premier lieu, s’abstenir de tout traitement chimique ; ensuite, installer au cœur du jardin des abris qui serviront de refuges d’hivernage aux insectes adultes ; enfin, il est important d’associer à cette politique en faveur des insectes bienfaiteurs, une lutte douce contre des envahisseurs plus néfastes (le chaulage des troncs, pose de bandes de glu, utilisation de colliers arboricoles et de pièges sexuels à phéromones).
Faire preuve d’une certaine tolérance
Offrir des abris naturels
Lorsqu’un ravageur est susceptible d’envahir le jardin, favoriser la vie des auxiliaires afin d’attirer son prédateur naturel sur place.
Quelques pucerons en échange d’un grand service
Dès qu’il n’y a plus de pucerons, les coccinelles se mettent en quête d’un autre lieu pour en trouver à nouveau. Il est donc préférable de maintenir la présence de quelques pucerons au jardin pour retenir coccinelles, chrysopes, syrphes… Les tolérer, par exemple sur la valériane et le sureau qui constitueront un garde-manger apprécié des auxiliaires (ces espèces ne s’attaquent qu’à une variété de plante, les autres plantations seront donc épargnées).
Les fleurs chéries des insectes auxiliaires
Les Astéracées (ou composées) : souci, doronic, œillet d’Inde, tournesol, marguerite, coréopsis, aster, rudbeckia…
Les Apiacées : fenouil, aneth, coriandre, carotte sauvage…
Les mellifères : phacélie, sarrasin, trèfle, bourrache, verge d’or, réséda, héliotrope…
La capucine qui, en supportant pucerons et chenilles toute la belle saison, sert de pouponnière aux insectes auxiliaires.
L’ortie, adorée des coccinelles.
FAIRE REFLEURIR LES PAPILLONS
Il suffit de satisfaire leurs goûts en matière de fleurs et d’arbustes pour voir rejouer le ballet des papillons. Il serait stupide de se priver de ce plaisir de jardinier qui, de surcroît, est aussi une bonne action écologique.
La pollution, les insecticides et le saccage de leurs habitats naturels ont fait disparaître beaucoup de papillons. Autant de raisons de les accueillir au jardin. Pour cela, il suffit de penser à fleurir le potager et le verger dès les premiers redoux, afin d’assurer aux insectes auxiliaires des ressources en nectar et en pollen pour se remettre de l’hiver avant que leurs larves ne s’attaquent aux ravageurs.
Les quatre stades de la vie du papillon
L’œuf
Isolé ou groupé avec d’autres en amas fixé à la face inférieure d’une feuille de la plante hôte, l’œuf dure quelques jours.
La chenille
La larve qui sort de l’œuf grossit, mange beaucoup (feuilles, fleurs ou fruits de la plante hôte, selon les cas), mais est incapable de se déplacer loin et de se reproduire. Elle dure quelques semaines.
La chrysalide
Stade immobile. Fixée sur une plante ou sur un autre support, ou encore enfouie dans la terre, la chrysalide dure, selon les espèces, de quelques semaines à quelques années.
L’imago ou adulte
Le papillon proprement dit. Il vit de quelques jours à plusieurs mois. Le passage d’un stade à l’autre est appelé « métamorphose ».
Aménager un jardin bon enfant
Les papillons sont un peu bohèmes. Ils détestent les jardins impeccables, sans mauvaises herbes et saturés d’herbicides, insecticides et autres produits chimiques mortifères. Un jardin de style sauvage, désordonné, plein de cachettes, de recoins, de hautes herbes et de haies leur plaira. Appuyer les plates-bandes et les massifs sur des arbustes. Ménager de grandes plages de soleil pour qu’ils s’y réchauffent. Semer dans les endroits ensoleillés des fleurs nectarifères pour eux. La présence de haies irrégulières ou de brise-vent les protègera des courants d’air, de même que les clôtures recouvertes de plantes grimpantes.