Clochard

 

 

Teint blafard
Des lendemains cafards,
Il erre sur les boulevards
De nos enfers sans amarres.

Sa mère était reine des vents et du ciel,
Châtelaine sans palais blancs gorgés de soleil,
Livrée aux outrages du temps
Elle riait des nuages fuyants.
Parée d'illusions magiques,
Idées, notions utopiques,
Elle vivait souveraine,
Ignorant diamants et traînes.

Son père était des nues et des lois,
Pair des rues et des sans foi.
Bourgeois sans bourse ni fard,
Courtois des sources des squares.
Il était chevalier en ses rêves effrénés
Et cavalier sans trêve méritée.

De ces amours manquées,
En ces jours ratés,
Usé il est né là,
Désabusé et trop las.
Sans enfance dans cet étrange monde,
Sans insouciance même en ses langes immondes,
Il grandit terne et vieux
Avant d'avoir souri aux cernes des cieux.

Il voudrait bien habiter les beaux quartiers,
Bains réservés des sots rentiers,
Il a dans sa tête tellement d'envies,
Fêtes flambantes de vie,
Mais pas beaucoup de choix
Lorsque l'on n'est que fou du roi.

Il rêve richesses et dorures,
En sa noblesse peu de parures,
Trop d'inégalités et tant d'impostures
Lui font pitié et grande blessure.
Il aimerait seulement être quelqu'un,
Qui sourirait vraiment d'être serein,
Sans honte ni pleurs,
Seuls acomptes des peurs.

Des couleurs flamboyantes des palaces,
Des douceurs insolentes de leurs espaces,
Il connaît le parfum enivrant
Qui s'en échappe les matins chantants.
Des luxes éblouissants des châteaux,
Des flux étourdissants de héros,
Il meuble sa mémoire de futiles visages
Et peuple ses tiroirs d'inutiles images.
Etre autrement, autre part,
Mais il est seulement clochard.

Teint blafard
Des lendemains cafards,
Il erre sur les boulevards
De nos enfers sans amarres.