Frères

 

 

Dans ce monde étrange

Qui sans pitié dérange,

S’agitent les enfants de la chance,

Tandis que se perdent ceux que l’on balance.

Certains s’élancent parmi les puériles turbulences

Alors que trop s’avancent au milieu des violences.

Des petits bercés de bleu, de rose et de bonheur,

Des chétifs jetés dans le noir et le malheur.

Des bambins voués à la candeur, la douceur,

Face aux orphelins enchaînés à la peur et la douleur.

Des héritiers de destinées prospères

Contre des sacrifiés désignés pour la misère.

L’existence n’affiche pas les mêmes symboles

Selon que l’on soit mendiant ou idole.

Elle ne restera pour les privilégiés

Qu’un paradis de futilités

Quand pour les oubliés de la terre

Elle sera déjà prélude aux enfers.

Egarés en nos sociétés d’aisance,

Peu de nos pensées pour leurs souffrances.

Nos raisons dérivent dans l’insouciance

Tandis que, dans l’indifférence,

Loin de nos paisibles heures,

Une innocente victime se meure.

Nous parons d’abondance nos progénitures

Pendant que d’offenses des créatures

Se dessèchent dans les cailloux,

Se moquant bien de nos richesses et bijoux.

Noyés dans la laideur des scandales,

Nous donnons des fêtes et des bals

Près des mômes décharnés dans le sable

Et des pauvres tombés sous les balles.

Indécents envers nos félicités,

Méprisants face à leur dignité,

Nous croyons souffrir de drames

Quand ils savent retenir leurs larmes.

Des égouts de nos mémoires

Montent les relents de notre histoire.

Nous pouvons cacher nos faces,

Même changer de place,

De l’horreur demeurera la trace

Car de ces maux rien ne s’efface.

Du miel, du pain, nous connaissons la saveur,

Des douches, des bains, apprécions la fraîcheur,

Des déserts, des pluies, ils subissent la frayeur,

De la faim, de la mort, supportent la terreur.

Aidons ces indigents,

Soulageons leur présent,

Inutile de discourir,

L’essentiel est d’agir.

A la porte des soupirs

Nous contemplerons leurs sourires.

Devant l’Eternel, insignifiantes les épargnes

Puisque devant le trépas qui perd gagne.