Le dernier des géants

 

 

Ses heures sont toutes mauvaises,

Son cœur au bord de la falaise.

En son âme tellement de blessures,

Tant de larmes en son aventure.

Sa raison vacille, bascule.

Ses ambitions détruites se bousculent.

Sa volonté s’égare en sa mémoire,

De sa destinée, guère d’espoirs.

Il n’a plus d’avenir,

Seulement des souvenirs.

Déchets banals d’une ère envolée,

Cliché final d’un être oublié.

Il était une idole, une étoile,

De ces symboles affichés sans voile,

Inexorablement lié à son art,

Afin que son nom s’unisse à l’histoire.

Son pas se perd sur les avenues,

Il erre vers l’inconnu,

Ces voies sans issue

Où il n’a plus d’amis en vue.

Reste-t-il encore quelqu’un, quelque part,

Un asile, un ultime regard ?

Il ne peut finir ainsi,

Il ne veut pas périr trahi,

C’est trop injuste, si stupide,

Ces maux, cette sortie sordide.

Il faisait partie des grands,

De l’élite, il était un géant.

Cette mort vécue tant de fois à l’écran,

En couleur ou en noir et blanc,

Il en connaît tous les semblants,

Il avait tant de talents !

Du mérite, il était un grand,

Il faisait partie des géants.

De ceux que la gloire enferme,

Que la puissance enchaîne.

Ses rêves, un film sans fin,

Des fêtes sans trêve jusqu’au matin.

Son univers était un plateau de cinéma,

Il en était l’unique héros même dans le trépas.

Sa passion a condamné sa sagesse,

Ses ivresses l’ont jeté dans la détresse.

Aujourd’hui il dresse le bilan,

Son dernier rôle, son dernier plan.

Il est vraiment seul en scène,

Pour la nuit des temps, sur toutes les chaînes.

Il ne ressent plus ni amour ni haine,

Juste un peu de sang dans ses veines.

Le vide dans ses attitudes,

Le néant de sa solitude.

Il ne veut pas mourir si bas,

Ce départ n’est pas digne en soi.

Il était le plus grand,

Le dernier des géants.