Les Vieux

 

 

A sept heures ils s’éveillent,

Sans clocher ni réveil,

Juste le soleil

Pour les aider à sortir du sommeil.

C’est d’abord elle qui se lève

Quand la nuit s’achève,

Un peu tremblante, un peu raidie,

Par le froid et les soucis.

Ses pas sont parfois pénibles,

La vieillesse, que c’est terrible !

Elle va son train la vieille,

Elle prend son temps et ses merveilles.

Et il la suit dans cette survie,

Ils ne sont que deux en cet oubli.

Des souvenirs, de la misère,

Traces futiles et amères,

Pâles clichés de solitude

Lorsque la vie n’est qu’habitude.

 

Toute leur vie ils ont travaillé,

De la sueur le front trempé,

Des saisons subi les outrages,

La roue qui tourne, quelques images,

Tant de tracas,

Tellement d’embarras,

Guère de joie

Pour eux ici-bas.

 

Toute leur vie ils ont lutté,

Sans repos mérité,

Pour résister et subsister,

Pour avancer et gagner,

Savourer le goût particulier

Des existences bien chargées,

Et ils sont là dans cet ennui

Jetés en leur sursis.

 

Toute leur vie ils ont combattu

Les féroces géants et leurs abus,

Les souffrances et la colère,

Les intolérances des horribles guerres,

Afin que nous vivions dans la liberté,

Pourtant nous trahissons leur loyauté.

C’est grâce à eux que nous sommes radieux

Mais nous fermons notre âme et nos yeux

Face à ces courageux qui nous ont engendrés

Et que sans pitié nous osons abandonner.

 

Il est vingt heures, les ombres se lèvent,

Pesantes obscurités en cette trêve

Traversée sans cris ni pourquoi.

Malgré le vide des interminables mois,

Les douleurs et le manque de choix,

Ils ont encore la foi

Qu’une aube fleurie naîtra

Célébrant leur présence avant le trépas.

En leurs prières modestes vœux,

Humbles pensées pour eux sous ces cieux,

Des regards chaleureux, des mains tendues,

Des sourires généreux, quelques paroles émues.

 

Les vieux ont embelli nos destins,

A notre tour, agrémentons leur fin,

Soulageons leurs peines,

Afin que leur attente soit plus sereine.

A tout cela ils y croient très fort

Car les vieux ça rêve encore.