On m'avait promis

 

 

On m’avait promis du ciel bleu et un soleil radieux,

Le chant des oiseaux et des enfants joyeux.

On m’avait parlé de connaissance et de sagesse universelle

Menant à l’équilibre et à la paix éternelle.

On m’avait promis que l’essentiel réside en l’amour

Qui protège et illumine chacun de nos jours.

On m’avait parlé de pardon, respect et tolérance,

De belles qualités pour autant de chances.

On m’avait promis la félicité, la santé et la prospérité,

Un long fleuve tranquille au milieu d’une verte vallée.

On m’avait parlé de générosité, fidélité et confiance,

Splendides vertus, opium de l’innocence.

Longtemps j’ai rêvé à ce monde merveilleux

Convaincue que je m’acheminais vers des horizons heureux.

J’ai vu les guerres, la famine et la mort,

Des vies chahutées, maltraitées, vouées au pire sort.

J’ai entendu la douleur, les cris et les larmes,

L’horreur insoutenable qui surgit des drames.

J’ai touché les doutes, l’angoisse et la peur,

Les troubles monstrueux peuplant le noir des heures.

J’ai goûté la maladie, les épidémies et la misère,

Plaies toujours béantes qui gangrènent cette terre.

J’ai senti la sueur, le sang et le soufre,

Toutes les puanteurs des entrailles de nos gouffres.

Puis j’ai rencontré la fourberie, la lâcheté et la trahison,

Les fausses amitiés et les terribles ambitions,

Les belles promesses en de jolis discours,

Des paroles vaines, des mensonges sourds.

Quelquefois j’ai aperçu le bonheur

 Trop vite il se changeait en leurre.

J’aurais voulu peindre mon séjour en rose

Mais je ne disposais que de teintes moroses.

J’ouvrais mon cœur et tendais ma main,

Ils tiraient les premiers pour me noyer dans le chagrin.

Je dessinais inlassablement de douces images,

J’écrivais sagement de gentilles pages,

Ils ne bâtissaient que de cruels mirages

Riant même de la laideur de leurs outrages.

Lasse de trop d’échecs et de désillusions,

Larguées par mes propres convictions,

De l’éphémère de cet odieux voyage

Je décide aujourd’hui de cesser les ravages.