Conséquences du changement climatique sur l'Afrique

 

 

 

Le changement climatique affecte l’ensemble de la planète. Si certains pays vont payer un lourd tribut à leur cupidité. Malheureusement tout le monde devra supporter les conséquences de ces inconsciences et mettre la main au portefeuille pour régler cette note salée. D’emblée, bien évidemment, on se doute que ce sont les plus démunis, l’Afrique en tête, qui souffriront le plus de ces comportements irresponsables. Le paradoxe dans cette autre tragédie est que le continent africain est celui qui contribue le moins aux émissions globales de gaz à effet de serre (GES). Pourtant c’est probablement celui qui est le plus vulnérable aux conséquences des transformations du climat. Un Africain, en moyenne, génère 13 fois moins de GES qu’un Nord-Américain et le continent est responsable de moins de 4% des émissions de GES produites dans le monde entier. L’ONU estime que, du fait de la détérioration des conditions de vie, ce sont environ 50 millions de personnes qui seraient contraintes à devenir des « déplacées climatiques ».

 

 

Le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC) souligne la vulnérabilité de l’agriculture, de la faune sauvage, des infrastructures et des régions côtières de l’Afrique face à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre qui provoquera des pénuries d’eau des plus sévères, menaçant entre 400 millions et 1.8 milliards de personnes en Afrique. Entre 80 et 200 millions de personnes supplémentaires pourraient être confrontées aux famines d’ici à 2080. A l’échéance de 2050, ce sont 80 millions de personnes additionnelles qui seront victimes du paludisme dans des régions aujourd’hui exemptes de ce fléau (Zimbabwe, Ethiopie, Kenya, Rwanda et Burundi) car elles se transformeront en des espaces propices aux moustiques vecteurs de la maladie. Les incidences de paludisme augmenteront également dans les régions montagneuses de l’Angola et de la Somalie.

Les tendances actuelles suggèrent que de vastes régions africaines, notamment le Sahel et une partie de l’Afrique australe, pourraient subir un réchauffement de l’ordre de 3 à 6° Celsius d’ici à 2100. Les régimes pluviométriques seront touchés de plein fouet et pourraient accuser une baisse de plus de 20% par rapport au niveau de 1990. Une hausse de 1°C affectera entre 75 et 250 millions de personnes en Afrique d’ici à 2020, menacées de pénuries d’eau de plus en plus prononcées ; celle de 2°C touchera entre 350 et 600 millions de personnes aux alentours de années 2050 et il est prédit que d’ici 2080, 1.8 milliards seront victimes d’une hausse de température de 3°C. Une augmentation constante de la température au-delà de 1°C suffira à modifier considérablement les étendues de savanes, brousses, forêts (déjà mises à mal par la pression démographique et la déforestation) ou le comportement migratoire des espèces (oiseaux, poissons…). Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement  (PNUE) cite souvent l’exemple du Lac Tchad pour illustrer la diminution des précipitations au Sahel. Les images satellite montrent qu’au cours des 35 dernières années, le lac a rétréci pour atteindre un dixième de sa taille initiale et ce en raison des sécheresses persistantes ainsi qu’à cause d’une irrigation agricole plus intensive. Les différentes espèces végétales et animales de l’Afrique ne seront pas épargnées non plus. Une étude réalisée sur près de 5200 espèces végétales du continent prévoit que dans le cadre naturel d’environ 5000 d’entre elles aura largement disparu et que 2100 seront complètement privées de leur habitat naturel d’ici à 2085. La faune africaine n’est pas mieux lotie : les 2/3 des espèces animales du parc Kruger d’Afrique du Sud sont menacées d’extinction. 

 

 

Les précipitations seront encore plus abondantes là où il pleut déjà beaucoup et se feront encore plus rares dans les régions sèches. Plus de 95% de l’agriculture africaine est une agriculture sous pluie. La production agricole sera fortement compromise par le changement et la variabilité climatiques : les superficies des terres arables, la durée des saisons de culture et le rendement par hectare sont susceptibles de baisser, ce qui pourrait compromettre la sécurité alimentaire et accentuer la malnutrition. Il est prévu que les récoltes diminuent de 50% d’ici à 2020 dans certains pays et les revenus nets générés par celles-ci de pas moins de 90% d’ici à 2100. Dès à présent, en Afrique de l’ouest, certaines régions du golfe de Guinée ont été la proie de changements climatiques soudains avec des conséquences assez graves. Au Ghana, par exemple, dans le centre du pays, les saisons pluvieuses ont été réduites de plusieurs semaines affectant sérieusement les productions agricoles (céréales et coton). Au Kenya, dans certaines régions à vocation rurale de ce pays, les agriculteurs qui comptaient sur 2 saisons pluvieuses et 2 récoltes de céréales jusque dans le milieu des années 1980, ne peuvent plus compter que sur une seule saison de production et même parfois très courte. Dans le nord du Kenya, les Turkana subissent de plein fouet le changement climatique car la raréfaction des pâturages verdoyants a entraîné la mort d’une part importante de leur bétail.

Par ailleurs, les experts annoncent une détérioration de plusieurs zones côtières d’Afrique, consécutive à l’élévation du niveau de la mer d’environ 25 cm d’ici à 2050 et 50 cm aux alentours de 2100. Des calculs ont déjà permis de chiffrer l’érosion dans certains secteurs entre 23 et 30 mètres par an. Il pourrait en être de même sur tout le littoral ouest et centre (Sénégal, Gambie, Sierra Leone, Côte d’Ivoire, Nigeria, Cameroun, Gabon et Angola). Des experts américains alertent déjà les autorités des villes comme Banjul, Abidjan, Lagos, Tabaou, toutes situées en bord de mer et jugées particulièrement vulnérables aux inondations. Plus de 25% de la population africaine vit à moins de 100 km du littoral et les projections montrent que le nombre de personnes exposées aux inondations côtières risque de passer de 1 million en 1990 à 70 millions en 2080. La côte ouest, érodée, est particulièrement exposée aux raz de marée ainsi qu’à de violentes tempêtes. Les activités de pêche en zone côtière et leurs écosystèmes fragiles pourraient aussi pâtir de cette montée du niveau de la mer. 

 

 

Les effets du changement climatique (réduction de la production agricole, détérioration de la sécurité alimentaire, incidence accrue des inondations et de la sécheresse, propagation des maladies et augmentation des conflits en raison de la raréfaction des terres et de l’eau) sont d’ores et déjà évidents en Afrique.

Une réaction urgente est nécessaire. Les efforts doivent désormais porter en priorité sur l’intégration de l’adaptation dans la planification nationales et la mobilisation du soutien en faveur de la gestion du risque climatique en Afrique. Le continent doit également contribuer aux précautions en matière d’atténuation et promouvoir le développement d’énergies propres.

L’Afrique participant peu au réchauffement planétaire, l’accent est donc mis sur la contribution de l’Afrique au ralentissement de la montée des températures dans le monde grâce, notamment aux forêts africaines, qui absorbent et retiennent le gaz carbonique, principal facteur de réchauffement. L’Afrique compte 17% des forêts de la planète et 25% des forêts tropicales qui contribuent à purifier l’air des émissions polluantes produites à des milliers de kilomètres. Les forêts abritent par ailleurs une extraordinaire variété de flore et de faune, 1.5 million d’espèces différentes selon les estimations, qui assure la subsistance de millions de personnes. Toutefois, d’après le NEPAD, les forêts d’Afrique disparaissent actuellement au rythme de plus de 5 millions de 5 millions d’hectares par an, victimes d’une exploitation commerciale excessive et non viable ainsi qu’à cause des méthodes de défrichage par brûlis. Bien que les gouvernements aient récemment redoublé d’efforts pour préserver et remettre en état les forêts du continent, les résultats sont maigres.

 

 

Les pays africains devront mettre en œuvre des stratégies leur permettant de s’adapter aux conséquences du changement climatique. Ils doivent intégrer ces stratégies dans leurs politiques de développement et dans les décisions prises en termes d’investissements publics. Un soutien de grande envergure sera nécessaire de la part de la communauté internationale afin de renforcer les capacités technologiques et institutionnelles de l’Afrique, de lui permettre de générer des informations climatiques fiables et de garantir les financements indispensables pour que le continent africain puisse relever ce défi complexe et coûteux. Reste à savoir si ces ressources seront véritablement disponibles car, malgré des dizaines d’années d’efforts, l’Afrique n’a jamais réussi à réunir les capitaux nécessaires à la lutte pour la réduction de la pauvreté… La pauvreté est à la fois la première cause et la première conséquence de la dégradation de l’environnement et de l’épuisement des ressources.

Les changements climatiques et leurs retombées économiques, politiques et sociales risquent de compromettre la paix dans le monde si la communauté internationale ne prend pas les mesures nécessaires. Le Président nigérian Mr Yoweri Museveni a d’ailleurs déjà qualifié ces altérations « d’agression » commise par le Nord industriel pollueur à l’encontre du Sud en développement, commentaire qui illustre bien le lien existant entre l’environnement et la sérénité mondiale.

Les changements climatiques et leurs dangereuses répercussions sont étroitement liés aux questions de développement, de prospérité économique et sociale, à la diminution des disparités entre les pays en matière de croissance, de garantie à la sécurité alimentaire et énergétique ; il est donc, une nouvelle fois, essentiel de promouvoir la solidarité internationale.