Des millions d'enfants africains victimes de la violence

 

 

L’Afrique subsaharienne abrite 10% de la population mondiale mais enregistre également des taux record en matière de mortalité infantile puisque 50% des enfants décèdent avant d’atteindre l’âge de 5 ans. Cela signifie que la mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 165 décès pour 1 000 naissances contre 6 décès pour 1 000 naissances vivantes dans les sociétés occidentales.

Donc, déjà victime d’une entrée dans l’existence des plus difficiles, d’une lutte permanente tant son environnement est défavorable à sa survie, l’enfant africain doit, de surcroît, affronter la violence.

Depuis 1991, le 16 Juin est la Journée mondiale de l’Enfant Africain. Consciente que la violence est un véritable fléau pour l’enfant en Afrique, de nombreuses organisations dont l’Unicef milite pour un cadre protecteur.

En effet, que ce soit au sein même des familles, à l’école, dans les structures d’accueil, sur l’ensemble du continent africain, les enfants font face à la violence physique, émotionnelle et sexuelle. Menaces des gangs, agressions, assassinats, pour les enfants des rues. Exploitation et abus divers pour les enfants travailleurs. Pratique de l’excision sur environ 3 millions de femmes et de filles chaque année, mettant en péril leur vie ainsi que celle de leur bébé lors de l’accouchement. Trafic de milliers d’enfants tous les ans en Afrique de l’Ouest et centrale.

Des milliers d’enfants sont contraints de vivre au milieu des conflits armés, subissent une extrême pauvreté et sont atteints par le VIH/sida. En République Démocratique du Congo des centaines de milliers d’enfants et de femmes sont victimes de violences sexuelles. Au Kenya 46% des femmes ont supporté des actes de violence sexuelle au cours de leur enfance et 25% des filles entre 12 et 24 ans ont perdu leur virginité de manière violente.

Ces exemples ne sont qu’une infime partie des horreurs vécues au quotidien. Par peur des représailles de nombreux cas ne font l’objet d’aucune poursuite.

Pire. Si la femme ou la gamine violée dénoncent son agression aux autorités, elles sont systématiquement condamnées à la lapidation. Tel le cas d’Aisha Ibrahim Dhuhulow, une Somalienne jugée coupable d’adultère par un tribunal islamique a été enterrée vivante jusqu’au cou, puis lapidée à mort par 50 hommes dans la ville portuaire de Kismayo, dans le sud du pays. Les Djihadistes prétendaient que la femme était consentante ayant elle-même demandé sa condamnation. Il s’agissait en fait d’une jeune fille de 13 ans qui a subi une mort horrible alors qu’elle venait de signaler avoir été violée par 3 hommes !

Trop souvent les systèmes en place ferment les yeux sur le calvaire des enfants qui grandissent dans l’oubli et l’indifférence, portant toute leur vie les stigmates de la souffrance physique endurée, les traces psychiques et émotionnelles indélébiles encrées au plus profond d’eux-mêmes. Telles ces fillettes de moins de 10 ans mariées contre leur gré et abusées sexuellement par des hommes pervers qui sont 4 à 5 fois plus âgés qu’elles. Tels ces enfants ballotés dans l’indifférence des structures polygames où le mâle collectionne les épouses mais est totalement incapable de subvenir aux moindres besoins de toute la lignée qu’il a engendrée.

Dès leur plus tendre enfance les gamins africains perdent tout point de repère car ils sont abandonnés à devoir se débrouiller seuls le plus tôt possible. Le risque dans de tels scénarios est la reproduction d’un schéma identique lorsqu’ils atteignent l’âge adulte. L’exposition à la violence favorise la participation à des actes de violence car, par l’accoutumance au vécu, il y a banalisation de la situation qui en devient à être considérée comme normale.

Pour éradiquer les violences commises sur les enfants en Afrique, il faudrait avant tout lutter contre la violence dans ses différents contextes. Nombre de pays africains souffrent de pauvreté, de la guerre, de maladies et d’urbanisation croissante qui tendent à aggraver les violences contre les enfants.

Au sein des structures familiales, la législation est très limitée. Les châtiments corporels font le plus souvent partie d’une conception de valeurs et ils sont jugés et transmis comme étant « normaux » par la conscience collective. C’est ainsi que 62% des enfants tanzaniens vivant dans les rues ont invoqué les disputes familiales, la cruauté des beaux-parents ou les violences comme raison de leur départ du foyer.

De nombreux témoignages, essentiellement de jeunes filles, rapportent la pratique courante de violences sexuelles qui passent souvent inaperçues, fortement sous notifiées et mal prises en charge car entourées d’une culture du silence et de l’opprobre. Hélas, d’une manière générale, les violences commises au sein des familles restent peu révélées donc il est difficile d’en connaître les causes et l’ampleur. En 2002, une étude indépendante effectuée pour le Secrétaire général des Nations Unies révélait que 150 millions de petites filles et 73 millions de petits garçons avaient été forcés d’avoir des rapports sexuels ou avaient subi d’autres formes de violences sexuelles au sein de la famille en Afrique. Au moins 50% des filles en Afrique subsaharienne n’ont pas terminé le cursus primaire car la pauvreté de leur milieu engendre un parti pris en faveur des garçons. Hélas leur manque d’éducation alimente un cercle vicieux car leur ignorance les expose à des violences sexuelles.

Maintes sociétés d’Afrique ont leurs propres pratiques et coutumes qui appartiennent à un système de valeurs et de socialisation des enfants. Toutefois il s’avère que certaines sont contraires à la Convention relative des Droits de l’enfant comme l’excision et le mariage précoce.

Des pays comme la Guinée, la Mauritanie ou le Mali montrent des taux de prévalence de l’excision très élevés compris entre 71 et 99%. Chaque année ce sont quelque 3 millions de filles qui subissent une mutilation génitale féminine. En Ethiopie, par exemple, 80% des femmes et filles âgées de 15 à 49 ans sont excisées. L’excision est une atteinte à l’intégrité physique du corps de la jeune fille et a des effets néfastes sur sa santé et son équilibre mental. L’interdiction de cette pratique commise la plupart du temps sur des fillettes de moins de 4 ans a créé une véritable polémique que les intervenants tentent d’éradiquer en menant une campagne de sensibilisation et de persuasion.

Les mariages précoces sont également très répandus sous couvert de la tradition, les parents justifiant cette coutume comme un moyen de préserver la virginité des jeunes filles, alors que globalement il s’agit juste d’une stratégie de survie économique pour les familles pauvres qui reçoivent ainsi une dote en échange de leur enfant. Plongées dans la détresse et l’abandon, éloignées de toutes informations relatives à la contraception, de nombreuses jeunes filles sont victimes de grossesses précoces entraînant de graves conséquences sur leur santé. En effet, les adolescentes de 15 à 19 ans ont 2 fois plus de risque de mourir en accouchant et 5 fois plus chez les moins de 15 ans. La lutte pour réprimer cette pratique est d’autant plus difficile qu’elle s’inscrit dans un cadre traditionnel où il est quasi impossible de poursuivre les responsables et que, par ailleurs, il n’y a pour ainsi dire aucun contrôle de l’âge des enfants compte tenu du faible enregistrement des naissances.

Un autre phénomène, typique à l’Afrique, est un fléau pour les enfants : celui des enfants dits « sorciers ». Au Bénin, au Gabon, au Nigéria, au Libéria, au Cameroun et en République Démocratique du Congo, notamment, des enfants désignés comme sorciers dès la naissance seulement par rapport à la façon dont ils naissent peuvent être purement et simplement « éliminés » par des dignitaires de la tradition. Le plus souvent ils sont chassés de leur famille, abandonnés à la rue ou placés dans des centres de rééducation, victimes d’abus et de mauvais traitements voire de torture pouvant aboutir à leur mort. Des actions entreprises par les gouvernements et associations visent à changer les comportements mais, à l’heure actuelle, ce ne sont que trop peu de communautés qui ont accepté d’abandonner officiellement ces pratiques traditionnelles néfastes.

Par ailleurs ce sont des milliers d’enfants qui sont devenus vulnérables avec la pandémie du VIH/ Sida. Ces enfants se retrouvent dans une forte détresse psychologique aggravée par la stigmatisation et les discriminations dont les conséquences sont l’exclusion de la communauté, de l’école, de l’accès aux soins. Leurs conditions d’existence sont extrêmement difficiles. Sans ressources et protection, ils courent le risque d’être exploités économiquement ou sexuellement ou de se retourner vers les chemins de la prostitution et de la délinquance.

Depuis 2 décennies, à la faveur de la paupérisation grandissante des familles et d’un système éducatif incapable de retenir les enfants, ce sont environ 48 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans qui sont contraints d’exercer une activité économique en Afrique, soit 29% de la population enfantine. Plus grave : les enfants sont très souvent déplacés pour exploiter leur force de travail dans la domesticité, les emplois industriels non réglementés, les chantiers de construction et l’exploitation sexuelle à des fins commerciales. Ils sont généralement astreints à effectuer des travaux dangereux pouvant entraîner la mort ou des lésions physiques irréversibles. Les enfants, essentiellement les filles, qui travaillent derrière les portes closes de maisons privées sont particulièrement exposées aux violences puisqu’elles sont commises à l’insu du monde extérieur. Les violences encourues par ces enfants sont souvent terrifiantes mais, hélas, il est très périlleux de les retirer en toute sécurité.

Comme il est ardu de lutter contre les violences subies à l’école. En dépit parfois de textes de lois, force est de constater que l’utilisation de châtiments corporels au sein des établissements scolaires est monnaie courante. De surcroît les filles sont également exposées aux violences sexuelles des enseignants qui exercent un chantage sur les notes. Aujourd’hui, même si des sanctions sont mises en place dans certains pays contre les maîtres qui commettent de tels actes, il demeure toujours la crainte de dénoncer. De plus, certains maîtres coraniques transforment un processus légitime d’éducation religieuse en un phénomène d’exploitation économique des enfants mais, avec l’urbanisation et la paupérisation des familles, on assiste à un détournement de l’enseignement coranique.

Le dernier motif qui affecte durablement la vie psychologique et sociale des enfants n’est pas le moindre puisque ce sont les innombrables conflits armés dans lesquels les enfants sont parachutés. La guerre militaire ou civile, par essence même, est synonyme de violence et de barbarie. Les enfants sont endoctrinés dans une culture de violence et éprouvent par la suite d’immense difficultés à s’adapter à un processus de paix car ils sont « désensibilisés ».

Au terme de cet état des lieux désespérant sur les conditions d’existence des enfants en Afrique, il serait tout de même honnête d’avouer que des actions sont menées depuis plusieurs années pour créer un environnement protecteur conforme à la Convention des Droits de l’Enfant. Les efforts développés sont constants que ce soit de la part des gouvernements ou des associations. Malheureusement les changements ne peuvent se faire du jour au lendemain et les violences sont aussi le reflet du manque d’un cadre de référence sur les droits humains. Dans des communautés aux organisations et coutumes souvent archaïques, pêchant majoritairement par manque d’instruction, les enfants, comme les femmes, sont déconsidérés, exploités et violentés par une masse d’hommes qui reproduisent le schéma dans lequel ils ont grandi. En fait c’est toute une vision de sa société que l’homme africain doit métamorphoser s’il espère être considéré un jour comme un Homme à part entière aux yeux du reste du monde.