La faim dans le monde : risques et périls

 

 

 

La faim est la principale cause de mortalité dans le monde. Elle tue plus que la guerre.

En 1996, le Sommet mondial de l’alimentation avait pour objectif la réduction de moitié des 823 millions de personnes sous-alimentées avant 2015. En 2006 ce chiffre est passé à 854 millions dont 9 millions dans les pays développés.

En 2001, 1 enfant de moins de 10 ans mourait toutes les 7 secondes et en 2005 toutes les 5 secondes. En 2003, 36 millions de personnes sont mortes de faim et de maladies dues aux carences en nutriments.

En 2004, 152 millions de nouveau-nés n’avaient pas le poids requis à la naissance, 50% en gardaient des séquelles très graves mentalement et physiquement.

Un enfant sur deux soit 1 milliard vit dans la pauvreté. En 2005, 21.9% des enfants vivent sous le seuil de pauvreté aux Etats-Unis.

Dans la région Asie et Pacifique, seuls 9 des 17 pays ont vu fléchir le nombre des personnes sous-alimentées (524 millions au total) et c’est essentiellement le fait de la Chine dont le nombre des personnes concernées est tombé de 194 à 150 millions. Par contre en République populaire démocratique de Corée le nombre a doublé passant de 3.6 à 7.9 millions. L’Inde a le plus grand nombre de personnes sous-alimentées du monde avec 212 millions. La majorité des victimes vivent en milieu rural.

Dans la région Amérique latin et Caraïbes, le nombre total de personnes sous alimentées s’élève à 52 millions en 2003 avec une forte progression pour le Venezuela, des échecs au Guatemala et à Panama. A Haïti, 47% de la population est sous alimentée.

Au Proche-Orient et en Afrique du Nord, le nombre de personnes sous alimentées est passé de 25 millions  à 38 millions en 2003. L’agriculture demeurant le moteur de l’économie, l’aggravation de la pénurie d’eau freine l’expansion agricole. De surcroît la région doit faire face aux besoins alimentaires croissants d’une démographie élevée.

En Afrique subsaharienne, le nombre de personnes sous alimentées est également passé de 25 millions en 1992 à 38 millions en 2003. Dans 14 pays plus de 35% de la population souffraient de sous alimentation en 2003. Seuls 15 des 39 pays ont réussi à faire baisser leurs chiffres ; les objectifs sont régulièrement entravés par des catastrophes naturelles, les conflits ou la propagation du VIH/SIDA.

Le Burundi, l’Erythrée, le Libéria, la République démocratique du Congo et la Sierra Leone représentent à eux-seuls 29 des 38 millions de personnes sous alimentées. En RDC la situation est alarmante Car 80% de la population vit avec 0.20€ par jour ; 44% des femmes et 22% des hommes n’ont aucun revenu ; la malnutrition touche entre 30 et 50% des femmes et des enfants ; au total ce sont 42 millions (75% de la population) qui vivent dans une situation alimentaire précaire et 9 millions sont gravement sous alimentés.

La carte de la faim coïncide avec celles de la pauvreté, des guerres, des endémies et de l’analphabétisme. Il est à noter que des millions de personnes travaillent mais demeurent néanmoins pauvres : 25% des travailleurs du monde ne gagnent pas assez pour s’élever avec leur famille au-dessus du seuil de pauvreté soit 1 dollar par jour. Une autre entrave essentielle au développement demeure l’état de santé d’une population. La faim agit principalement sur les terrains où règne l’ignorance. Nourrir, éduquer et soigner sont les trois piliers indispensables pour un développement durable.

Exemple d’un pays qui se condamne à court terme : l’Ethiopie. 82% des Ethiopiens vivent avec moins de 1 dollar/jour ; 50% des enfants de moins de 5 ans ont un poids anormalement bas ; en 2003, 58% des décès des enfants de moins de 5 ans sont dus à la sous-alimentation ; entre 1997 et 2000 la mortalité infantile a augmenté de 25% ; 69% des Ethiopiens ne disposent pas de l’eau potable ; 2 millions d’individus sont touchés par le VIH c’est l’un des taux les plus élevés au monde après l’Inde et l’Afrique du Sud ; l’espérance de vie est de 45.7 ans (42 ans pour les femmes) ; seulement 2.9% de la population atteignent 65 ans ; 40.3% des plus de 15 ans sont analphabètes ; seuls 12% ont accès aux soins médicaux.

En toute logique, la pauvreté est la principale cause de la faim. Hélas c’est à ce niveau que notre monde pêche car les disparités sont extrêmes : 2.5 milliards d’individus (40% de la population mondiale) vit avec moins de 2 dollars par jour et ne représentent que 5% du revenu mondial. Par contre 625 millions de personnes soit environ 10% de la population mondiale sont considérés comme riches, vivent essentiellement dans des pays à revenu élevé et comptent pour 54% du revenu mondial.

Le 06 Novembre 2008, Monsieur Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, adressant un message de félicitations à Monsieur Obama pour son élection, en a profité pour exhorter le Président élu des USA à inscrire l’éradication de la faim dans le monde parmi les priorités de son programme et, pour ce, accueillir un Sommet mondial sur ce problème au cours du 1° semestre 2009.Ce Sommet aurait pour objectif de trouver 30 milliards de dollars annuels afin de créer et développer des infrastructures rurales aptes à accroître la productivité du monde en développement.

Il est une urgence que de prendre encore plus conscience de la situation critique de 923 millions de personnes qui souffrent de la faim du fait des crises alimentaires ainsi que de la crise financière. Le prix du riz, aliment de base des populations pauvres, a augmenté de 75% en 2 mois (mars-avril 2008). Cette réalité menace de façon dramatique 100 millions d’individus dans 37 pays.

Le FAO parle de la crise alimentaire la plus grave depuis 15 ans et prévoit une hausse de 56% de la facture céréalière dans les pays pauvres en 2008. Le prix d’un repas a augmenté de 40% en 1 an. Le blé, le riz, l’huile, le maïs, le soja et le colza sont devenus tellement chers que ceux qui vivaient avec 1 ou 2 dollars par jour ne font plus qu’un repas quotidien.

Dominique Strauss-Kahn considère que si les prix de l’alimentation persistent à la hausse, les conséquences seront des plus terribles, jusqu’à des situations extrêmes telles que des guerres.

Cette crise alimentaire est due à la répercussion sur le prix des denrées de la forte hausse du coût des matières premières agricoles. D’autre part, la hausse à grande vitesse du niveau de vie des pays émergents (Chine, Inde, Brésil…) provoque une consommation dans des secteurs alimentaires ignorés jusqu’à présent (viande et produits laitiers). Malheureusement l’alimentation du bétail engendre une augmentation des besoins en céréales que l’offre traditionnelle est loin de pouvoir satisfaire. Par ailleurs la situation actuelle  s’explique également par un dérèglement climatique qui provoque sécheresse et tempêtes et pèse lourd sur les récoltes.

La production céréalière de l’Australie, grand exportateur de denrées alimentaires, a chuté de 50% suite à une sécheresse qui dure depuis 8 ans. Les USA, l’Ukraine, le Brésil ou la Turquie connaissent des problèmes similaires. L’Europe est gagnée à son tour : 1/3 de l’Espagne est déjà en voie de désertification. De plus, les cultures de céréales destinées à la production de biocarburant, environ 100 millions de tonnes annuels selon le FAO, sont autant qui sont détournés du marché alimentaire.

Actuellement le Programme Alimentaire Mondial des Nations Unies (PAM) est tellement sollicité que son déficit de financement atteint 500 millions de dollars (sans les nouveaux besoins provoqués par la flambée des prix alimentaires) comme le souligne la Banque Mondiale qui s’engage à doubler le volume de son prêt en Afrique subsaharienne pour accroître la productivité. Le budget des opérations du PAM pour 2008 atteint désormais 3.4 milliards de dollars.

Comme cela a été précisé antérieurement, la demande explose mais beaucoup de pays sont bien en peine d’y répondre puisque les cultures vivrières ont largement cédé le terrain à une agriculture non nourricière. Cette tendance s’est étendue jusqu’en Afrique subsaharienne, obligée aujourd’hui d’importer des produits de base à des prix exorbitants. L’urgence est d’investir massivement dans les infrastructures agricoles tant en Afrique subsaharienne (afin d’acquérir une indépendance alimentaire dans les produits de base) que dans les pays émergents (dont les installations et le matériel sont souvent obsolètes).

La faim n’est pas une fatalité. Lutter contre la faim est un choix politique. Près de 60% de la population mondiale est paysanne. L’agriculture avec tous ses emplois dérivés est par essence au cœur des enjeux du développement et du combat contre la faim.

Toutes les gouvernances doivent être mobilisées afin de répondre aux besoins alimentaires de la planète, en privilégiant la mise en œuvre d’agricultures productives et durables respectueuses des ressources naturelles. Pour cela il est essentiel que le profil de l’ouvrier agricole évolue vers une meilleure connaissance des technologies et des cultures.

Des actions menées conjointement entre les intéressés, les politiques et les organisations non gouvernementales sont aptes à fournir une nette amélioration à un maximum d’individus. La souveraineté alimentaire est également une question de solidarité. Le droit à l’alimentation doit véritablement être perçu comme un besoin fondamental. Pour ce il est indispensable que de nouvelles coopérations internationales se mettent en place, basées sur un principe d’entraide et non plus de domination.

Tout un chacun doit être conscient qu’il est impensable que des êtres humains soient condamnés chaque jour à se battre pour chercher leur nourriture ou leur eau. Se nourrir et s’abreuver est la première des libertés et un droit légitime. Cela doit vraiment être perçu comme un concept élémentaire de démocratie et un facteur de paix.