Le cinquantenaire des indépendances africaines

 

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En dépit des 69% de Français qui affirment ne pas se sentir concernés par le cinquantenaire des indépendances africaines, d’un président Sarkozy qui a déclaré que « le drame de l’Afrique c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » ou que la France n’a pas besoin de l’Afrique parce que ce « continent pauvre » ne représente que 2% des flux économiques, le 1° avril 2010, Monsieur Jacques Toubon, chargé d’organiser l’évènement, a débuté les commémorations par une conférence de deux heures tenue au centre d’accueil de la presse étrangère (CAPE) à Paris, sans la moindre participation d’un Africain à la tribune ! Cherchez l’erreur…

A l’instar de ce journaliste africain qui n’a pas manqué de soulever un doute légitime, on est en droit de se demander s’il s’agit bien d’une intention de réconciliation ou une manière dissimulée de célébrer la nostalgie de l’empire colonial perdu ?

Bien sûr des hommages ont été rendus aux soldats qui ont combattu aux côtés de la France, par ailleurs tous nommés abusivement « tirailleurs sénégalais », mais nulle allusion aux Africains qui vivaient paisiblement avant l’arrivée des « explorateurs » et dont l’existence a été outrageusement bouleversée par les colons. Des propos dignes de l’exposition coloniale, comme d’habitude…

Certes l’ancien ministre a annoncé le lancement de 250 projets parrainés pour une enveloppe globale de 16.3 millions d’euros, mais il est demeuré très évasif quant aux détails exacts de ces manifestations. Hormis la participation de contingents des armées des 14 ex-colonies au défilé du 14 juillet à Paris ainsi qu’un sommet, qualifié de paternaliste par les observateurs, la veille, réunissant les chefs d’Etat des 14 pays autour de Nicolas Sarkozy, d’une rencontre franco-africaine, fin mai à Nice, de nombreuses interrogations demeurent quant à la véritable signification de ces célébrations en France.

En fait, comme depuis 50 ans, les relations franco-africaines demeurent chargées d’ambiguïté, d’opacité et forcément de malentendus. Mr Toubon a beau insisté sur le fait que Paris veut instaurer un « partenariat rénové », force est de constater que les promesses non tenues du passé ont engendré aigreurs et blessures dont il est difficile de se débarrasser de part et d’autre. Les uns sont embarrassés, les autres rancuniers. Difficile de faire la fête dans un pareil climat… D’autant que de nombreux pays de l’Afrique francophone connaissent actuellement des regains d’instabilité qui ne favorisent guère les réjouissances d’un anniversaire. Telle la Côte d’Ivoire qui a d’emblée annoncé qu’elle entendait « célébrer le cinquantenaire seule, dans le cadre de sa politique nationale de refondation » et dont les relations avec la France sont des plus tendues.

Pourtant, dès ce week-end, le Sénégal célèbre le cinquantième anniversaire de son indépendance obtenue le 04 avril 1960. Cet Etat a été la première colonie française d’Afrique noire à s’émanciper, ouvrant la voie, au cours de la même année à 13 autres pays : le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo-Brazzaville, la Côte d’Ivoire, le Gabon, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Tchad et le Togo.

Les commémorations sénégalaises débutent par l’inauguration du monument de la Renaissance africaine, une énorme sculpture de type vaguement soviétique, haute de 52 mètres, construite par les Nord-Coréens. Cette imposante structure a du reste suscité une vive polémique et même engendré une demande de boycott de la part des opposants à Abdoulaye Wade, président sénégalais, car non seulement son coût est estimé à plus de 15 millions d’euros mais, de surcroît, un tiers des recettes devraient être reversé au président Wade au titre de droits d’auteur en tant que concepteur du projet.

Toutefois, ce sont 19 chefs d’Etat africains qui se sont déplacés pour l’évènement, ainsi que des vedettes telles que Manu Dibango et Akon. Absent de cette cérémonie, Mr Nicolas Sarkozy a envoyé un message écrit à son homologue sénégalais et a dépêché son ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, qui devrait être présent dimanche.

Au final, entre le lapsus de Mr Jacques Toubon qui, évoquant la coopération militaire entre la France et ses anciennes colonies, a malencontreusement parlé « d’accords de défiance » à la place des « accords de défense » qui devraient être profondément modifiés et les griefs des ex-colonisés envers la métropole, il y a fort à parier que le malaise entre les deux parties subsistera encore longtemps.

 

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Le président Abdoulaye Wade le 03.04.2010