Survie de l'enfant en Afrique Subsaharienne

 

 

Au sein du continent africain, partagé en 2 zones par le désert du Sahara, la région subsaharienne, même si elle a fait chuter son taux de mortalité de 35% en 40 ans, demeure l’environnement le plus périlleux du monde pour la survie d’un enfant de moins de 5 ans. Les derniers chiffres connus faisaient état d’un taux de mortalité de 160 pour 1000 : cela signifie qu’1 enfant sur 6 ne fêtera jamais ses 5 ans.

Pourtant les spécialistes sont unanimes, il suffit de peu pour que l’évolution emprunte une bonne voie : action concertée, stratégies solides, ressources suffisantes et surtout détermination politique. Toutefois ce sont toujours les mêmes obstacles qui contribuent à la stagnation voire l’aggravation des taux de mortalité infantile : la pauvreté, les effets du SIDA et des conflits, la médiocrité des infrastructures et les carences des systèmes de santé.

De surcroît, et malheureusement serait-on tenté de dire, l’Afrique subsaharienne est la région où le taux de fécondité est le plus élevé du globe avec une moyenne de 5.3 contre 3 en Asie et 2.8 l’ensemble des pays en développement. Ce qui est beaucoup plus inquiétant est qu’en 1970 l’Afrique subsaharienne affichait 11% des naissances de la planète et des 19% des décès d’enfants de moins de 5 ans. En 2006 la proportion des naissances représente 22% et les décès 50%. Alors que partout dans le monde la proportion a chuté, en Afrique de l’Ouest  elle a triplé et elle a doublé en Afrique de l’Est et centrale. Ces chiffres catastrophiques reflètent la lenteur des progrès dans le secteur des soins de santé de base, un problème majeur de malnutrition, la pénurie d’eau potable (insuffisance de sources et déficience d’installations d’assainissement).

Un examen de la répartition des décès en Afrique subsaharienne révèle que 8% sont imputables à l’Afrique australe (soit 400 000 décès en 2006), 18% à l’Afrique centrale (soit 900 000 décès), 30% à l’Afrique de l’Est (1.5 million de décès) et 42% à l’Afrique de l’Ouest (2.1 millions de décès). Par ailleurs, 3 pays (l’Ethiopie, le Nigéria et la République Démocratique du Congo) regroupent plus de 43% du nombre total des décès des enfants de moins de 5 ans sur l’ensemble du continent africain.

Les principales causes de décès de ces enfants sont malheureusement bien connues : les maladies néonatales sont responsables de plus d’un quart, la pneumonie (environ 1/5), le paludisme et les maladies diarrhéiques (17-18%), le SIDA et la rougeole.

Il existe des moyens de parade simples pour éradiquer ces fléaux : assistance de personnel qualifié aux naissances avec suivi et prise en charge, prévention en matière de transmission du VIH et traitement pédiatrique de l’enfant, nutrition adéquate avec allaitement exclusif au sein pendant les 6 premiers mois de la vie, compléments alimentaires et allaitements maternels jusqu’au 2 ans, suppléments en micronutriments pour renforcer le système immunitaire, vaccination des enfants contre les 6 maladies principales, thérapie de réhydratation orale et zinc pour lutter contre les maladies diarrhéiques, antibiotiques contre la pneumonie, moustiquaires imprégnées et médicaments efficaces pour prévenir et traiter le paludisme, promotion de l’hygiène (lavage des mains au savon, traitement des eaux…).

Si des progrès, même faibles, sont effectués dans certains domaines ; dans d’autres ils demeurent marginaux (lutte contre la pneumonie et les diarrhées). Il est également urgent de parer à la dénutrition et à l’hygiène. En 2006, près de 45% de la population n’avaient pas accès à des sources améliorées d’eau potable et 60% n’avaient pas d’installations sanitaires en Afrique subsaharienne. Cela signifie que 54 millions d’enfants de moins de 5 ans ne peuvent bénéficier de sources améliorées d’eau potable et cela engendre le décès de plus de 2 millions d’enfants chaque année suite à des diarrhées. Des installations sanitaires décentes et une hygiène adéquate permettrait de faire reculer de 2/3 le taux de mortalité par diarrhées (les zones rurales dont naturellement les plus touchées puisque seulement 41% disposent d’installations modernes). De surcroît 70% des enfants atteints de ce genre d’infection ne sont pas traités alors que la solution ne coûte que 0.05 dollar !

Outre les infrastructures et les moyens médicamenteux, le personnel qualifié, les campagnes d’information et de prévention en matière d’hygiène et de lutte contre le SIDA, des volontés politiques pour mettre en place des installations propres à fournir de l’eau potable, le facteur éducation est également un élément important.

 

 

En effet, le faible niveau d’instruction, notamment des femmes et des jeunes filles, est un obstacle conséquent pour la santé maternelle et infantile. Même si récemment des progrès ont été effectués dans ce sens, l’analphabétisme demeure très présent et ses conséquences peuvent s’avérer dévastatrices car les femmes illettrées n’accordent généralement pas d’importance à un suivi tant prénatal que postnatal et sont soumises à des risques que la femme instruite peut limiter (grossesses précoces et rapprochées, déficiences nutritionnelles pour elles et l’enfant, défauts de vaccination…).

Par ailleurs, l’enregistrement des naissances est une étape essentielle vers l’accès aux services indispensables. Malheureusement, l’Afrique subsaharienne affiche un taux de 66% de naissances qui n’ont jamais été déclarées soit environ 33.6 millions d’enfants qui n’ont fait l’objet d’aucune déclaration à la naissance. En 2006, ce sont 19.7 millions d’enfants qui n’ont pas été enregistrés à la naissance (la Tanzanie et la Zambie étant les cancres avec seulement 8% d’enregistrement).

L’enregistrement des naissances et l’accès aux soins médicaux sont étroitement liés car une telle démarche suppose la présence d’un personnel soignant à la naissance avec toutes les incidences postnatales que cela suppose (vaccinations, prescriptions de suppléments vitaminiques…). Hélas, dans les régions isolées (synonyme d’exclusion sociale) le manque d’accès aux services sociaux, la distance à parcourir pour se rendre au centre le plus proche découragent profondément les parents qui souhaitent déclarer leur enfant.

Pour améliorer la survie des enfants en Afrique subsaharienne il est également vital de fournir aux femmes les moyens de s’affirmer économiquement et socialement. En effet, diverses études ont prouvé que lorsque les femmes disposent d’un droit de décision dans la gestion du budget familial elles octroient plus de ressources à la nourriture et aux soins des enfants. Ceci est loin d’être le cas comme le prouve une enquête menée au Burkina Faso, au Mali et au Nigéria où 75% des femmes interrogées ont avoué que c’était les maris qui décidaient seuls des soins à accorder à leurs épouses.

Il devient donc urgent de promouvoir l’équité sociale. Des millions de femmes et d’enfants ont été exclus des progrès sociaux et économiques au cours des récentes décennies parce qu’ils sont pauvres et vulnérables. Particulièrement sensibles à de nombreux facteurs (conflits armés, catastrophes naturelles, mauvaise gouvernance, chocs économiques…) plusieurs pays de l’Afrique subsaharienne ont souffert de situation d’urgence au cours des dernières années. Une étude révèle que le revenu mensuel disponible a chuté de 80% dans plus de 2/3 des familles entre 2001 et 2006.

Pour améliorer considérablement la survie des enfants de moins de 5 ans en Afrique subsaharienne, il est essentiel de tirer des leçons au travers de l’évolution des systèmes et des pratiques sanitaires.

Tout d’abord un premier constat valide qu’il est difficile de promouvoir l’amélioration à long terme des pratiques sanitaires en l’absence de services de base complets : eau salubre, installations sanitaires, nutrition adéquate, promotion pour la participation de la communauté. Malheureusement la crise supportée par de nombreux pays de l’Afrique subsaharienne dans les années 80 ont contraint à entravé la mise en œuvre des soins de santé primaires complets et a contraint les états à adopter des systèmes de soins de santé primaires sélectifs portant sur 4 points : surveillance de la croissance afin de lutter contre la dénutrition, thérapie de réhydratation orale pour traiter la diarrhée chez l’enfant, allaitement maternel pour préserver la santé des jeunes enfants et vaccinations contre 6 maladies infantiles meurtrières.

En 1987, via l’Initiative de Bamako, une nouvelle stratégie a été mise en place dans le but d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires grâce à la création de centres de santé aptes à fournir toute une gamme de soins minimums intégrés (accès privilégiés aux médicaments, contacts réguliers des communautés avec du personnel soignant qualifié).

Depuis 2002, la Stratégie accélérée pour la survie et le développement de l’enfant est l’exemple le plus récent d’approche intégrée des soins de santé primaires. Ce programme privilégie 3 stratégies de prestations de services dans le but d’élargir leur couverture : via des bénévoles,  promotion dans les communautés de pratiques familiales relatives  à la santé et à la nutrition, campagne de sensibilisation pour la promotion de biens et services essentiels (vaccinations, vitamines…), prestations hospitalières comprenant un éventail de soins minimums intégrés regroupant toutes les interventions prioritaires.

Néanmoins, quels que soient les systèmes mis en pratique, les campagnes d’information, la présence de personnel soignant, il demeure avant tout 2 paramètres essentiels pour éradiquer la mortalité infantile en Afrique subsaharienne : la volonté des politiques en place dans chaque pays de créer des vrais systèmes de santé avec des infrastructures modernes dirigées par des professionnels qualifiés et surtout des fonds pour mener à bien ces projets.

Un seul mot d’ordre : Unissons-nous pour la survie de l’enfant en Afrique, mais également pour une espérance de vie plus longue pour tous les Africains !

Une bonne gouvernance continentale et internationale est essentielle. L’Afrique, par exemple, perd près de 18 milliards de dollars par an à cause des conflits. Ces chaos provoquent une baisse annuelle de 15% de l’économie. Cette perte correspond à ce que le continent a besoin pour améliorer ses systèmes éducatifs, ses accès à l’eau potable et à l’assainissement, ses protections contre la tuberculose et le paludisme. La guerre coûte chaque année plus chère que les 16.3 milliards de dollars nécessaires pour lutter contre le VIH et le SIDA en Afrique.

L’Afrique n’a pas besoin d’être convaincue. Ce qu'il lui faut ce sont des dirigeants engagés, conscients qu’une excellente gouvernance alliée à l’aide communautaire internationale peuvent favoriser des changements substantiels et positifs pour les enfants et pour tous les Africains en général.