Vues sur la colonisation en Afrique

 

 

 

A l'heure où les cérémonies du cinquantenaire de l'indépendance africaine débutent, il m'a paru propice de rappeler les pensées des colons, les oppositions d'opinions, les multiples résistances ainsi que les regards décalés des observateurs de l'époque. Il n'est pas étonnant que, compte tenu de l'état d'esprit des "envahisseurs" et de leurs comportements, les ex-colonies vouent toujours une certaine rancune à l'encontre de la France. En effet, considérés telles des créatures situées en l'animal et l'humain, manquant cruellement d'évolution, les Africains sont cruellement utilisés comme de vulgaires marchandises, un placement qu'il faut rentabiliser ou pire l'exposer telle une bête de foire, tout cela en n'oubliant pas  avant tout d e le déposséder de ses richesses naturelles.

Les différentes sortes de colonies et leurs avantages pour la métropole.

La vision d'un économiste

Nous croyons, quant à nous, à la mission civilisatrice de la France et à ses facultés colonisatrices. Les dernières années en donnent la preuve : la France ne manque pas d’esprits entreprenants (…)
La France, dit-on, n’a pas d’exubérance de population, et ce serait un obstacle insurmontable à la fondation de colonies. L’objection n’est pas décisive ; les naissances présentent encore sur les décès un excédant annuel de 100 000 âmes environ. Il faut en beaucoup moins pour fonder des empires. On ne trouve pas 100 000 Anglais aux Indes, et il n’y a pas plus de 35 000 Hollandais aux îles de la Sonde. Les colonies sont de trois sortes : colonies d’exploitation, comme les Indes et la Cochinchine ; les colonies de peuplement, comme l’Australie ; les colonies mixtes, telle l’ Algérie. Les secondes seulement exigent une immigration considérable. Les colonies d’exploitation n’en n’ont que faire, et les colonies mixtes peuvent se contenter d’un afflux modérés d’Européens. Si la France envoyait tous les ans 15 000 à 20 000 colons en Afrique, ce serait assez pour servir de cadres à une immigration d’Européens étrangers d’égale importance et à la considérable population indigène. (…)
Le véritable nerf de la colonisation, ce sont plus encore les capitaux que les émigrants. La France possède des capitaux à foison ; (…) elle en a déjà pour 20 ou 25 milliards de par le monde, et chaque année ce chiffre s’accroît d’un milliard au moins. Si le tiers ou la moitié de cette somme, si même le quart se portait vers l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal, le Soudan (…) quels splendides résultats nous obtiendrions en vingt-cinq ou trente ans. (…)
La colonisation est pour la France une question de vie ou de mort : ou la France deviendra une grande puissance africaine, ou elle ne sera dans un siècle ou deux qu’une puissance européenne secondaire ; elle comptera dans le monde, à peu près comme la Grèce ou la Roumanie compte en Europe.
 

Paul Leroy-Beaulieu , De la colonisation chez les peuples modernes, préface à la seconde édition, Paris, 8 mai 1882

 

Discours de Jules Ferry en faveur de l'expansion coloniale, devant la chambre des députés, le 28 juillet 1885.

Au point de vue économique pourquoi des colonies ? ... La forme première de la colonisation c'est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante. [...] Les colonies sont, pour les pays riches, un placement en capitaux des plus avantageux [...] Je dis que la France, qui a toujours regorgé de capitaux et en a exporté des quantités considérables à l'étranger a intérêt à considérer ce côté de la question coloniale. La question coloniale, c'est, pour des pays voués par la nature de leur industrie à une grande exportation, comme la nôtre, la question même des débouchés [...] la fondation d'une colonie c'est la création d'un débouché.
Messieurs, il y a un second point, un second ordre d'idée que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien, c'est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis à vis des races inférieures. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures. [...]
Cette politique d'expansion coloniale s'est inspirée d'une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu'une marine comme la nôtre ne peut se passer, sur la surface des mers d'abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement [...]
Et c'est pour cela qu'il nous fallait Saigon et la Cochinchine ; c'est pour cela qu'il nous faut Madagascar.
Rayonner sans agir, sans se méler aux affaires du monde, en se tenant à l 'écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l'Afrique ou vers l'Orient, vivre de cette sorte pour une grande nation c'est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c'est descendre du premier rang au troisième ou au quatrième.

 

Clémenceau répond à Jules Ferry

 "Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu'elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! ... Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n'est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L'histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette inique prétention. C'est le génie même de la race française que d'avoir compris que le problème de la civilisation était d'éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles."
Discours à la Chambre, 30 juillet 1885.


Déroulède dans un meeting nationaliste.

"Je l'ai dit et je le répète : avant d'aller planter le drapeau français là où il n'est jamais allé, il fallait le replanter d'abord là où il flottait jadis, là où nous l'avons tous vu de nos propres yeux."

Discours du Trocadéro, 26 octobre 1884.


Jaurès explique l'opposition des socialistes à la colonisation

 "Nous la réprouvons, parce qu'elle gaspille des richesses et des forces qui devraient être dès maintenant appliquées à l'amélioration du sort du peuple; nous la réprouvons, parce qu'elle est la conséquence la plus déplorable du régime capitaliste, qui resserre sur place la consommation en ne rémunérant pas tout le travail des travailleurs, et qui est obligé de se créer au loin, par la conquête et la violence, des débouchés nouveaux ; nous la réprouvons, enfin, parce que, dans toutes les expéditions coloniales, l'injustice capitaliste se complique et s'aggrave d'une exceptionnelle corruption : tous les instincts de déprédation et de rapines, déchaînés au loin par la certitude de l'impunité, et amplifiés par les puissance nouvelles de la spéculation, s'y développent à l'aise; et la férocité sournoise de l'humanité primitive y est merveilleusement mise en oeuvre par les plus ingénieux mécanismes de l'engin capitaliste."

"Les compétitions coloniales" in La Petite République, 17 mai 1896.


La force noire

Il ne semble pas que l'on méconnaisse chez nos voisins [Anglais] l'importance de la question de l'armée noire. On fait un fait mérite au gouverneur d'avoir secondé les idées du colonel Mangin. Quand les français les plus hostiles à l'expansion coloniale verront quelle réserve d'hommes l'Afrique occidentale française peut fournir ils ne discuteront plus l'utilité des colonies pour la France. C'est en effet le seul remède qui pare à la crise de la dépopulation et au déficit des contingents militaires. Au cours d'une récente tournée en Afrique, le colonel Mangin s'est assuré que nous pouvions lever tout de suite dans nos possessions une force de 44000 hommes. N'est-ce pas la meilleure preuve du succès de notre politique indigène et de la prospérité de nos protégés ?
La quinzaine coloniale , 25 mai 1911, page 325.

 

 

REGARDS BLANCS SUR L'AFRIQUE : L'indigène, le soldat colonial et l'immigré, entre spectacle exotique et zoo humain.

 

 

 Les guerrières de la cour de roi du Dahomey Béhanzin,
que la presse qualifia "d'amazones", frappèrent l'opinion publique dans les années 1890, au moment où la France entreprenait la conquête de cette région d'Afrique.

 

Cette photo  de femmes hottentotes (Afrique australe) fait partie d'une série prise par l'anthropologue Roland Bonaparte à l'occasion de l'exposition universelle de 1889. Remarquez le décor et la mise en scène inspirée par la statuaire et la peinture classique

 

L'uniforme du poilu dont sont revêtus ces soldats coloniaux n'a pas fait disparaître le regard "anthropologique" le photographe s'attache surtout à souligner la diversité ethnique des "soldats indigènes"

 

Cette marque de cacao en poudre a récupéré l'image populaire

du tirailleur sénégalais, avatar du "bon sauvage"

 

Un bilan de la colonisation française, telle qu'elle est présentée dans un livre pour la jeunesse  à la veille de la seconde guerre mondiale.

Présent et avenir de l'Afrique Noire( conclusion du chapitre Afrique Noire)

Certains ont déclaré que la colonisation venait troubler la quiétude des Noirs, l'équilibre de leur existence, leur manière de vivre. Or, la colonisation bien comprise et appliquée, celle que comprennent nos missionnaires, nos meilleurs médecins et administrateurs, est un véritable sauvetage de la race noire. Veut-on le portrait fait par un administrateur, des Noirs d'un village de la Côte d'ivoire d'il y a une vingtaine d'années ? " Passé 28 ans, déclarait ce rapport, un indigène est impropre pour le service parce qu'il ne possède pas la résistance voulue. Le plus souvent, il lui manque toutes ses dents ou en partie. Il est perclus de rhumatismes, il possède des excroissances aux genoux, près des hanches, qui indiquent la scrofule et la misère physiologique. En un mot, à 28 ans, l'indigène est usé par la vie sauvage qu'il mène, faite de misère, de malpropreté, de nourriture fruste et imparfaite, dans des habitats insalubres et humides. Je passe sous silence les multiples maladies existant chez ces populations."
La France a commencé par poursuivre une politique alimentaire. Jusqu'à notre arrivée, sauf peut être au Sénégal, les indigènes ne se nourrissaient qu'avec des produits de cueillette. Maintenant ils cultivent plus régulièrement des champs, et en bien des régions, ayant ainsi des vivres en suffisance, ils se nourrissent mieux. Mais il a fallu souvent vaincre la force d'inertie du Noir. Est-il sous alimenté, lui proposer gratuitement des semences de paddy suffit il ? Est-il dans la misère, essayer simplement de le soulager suffit-il ? Ne vaut-il pas mieux, pour sa propre dignité, l'astreindre au travail en attendant qu'il ait repris le goût de l'effort et la pratique des bonnes méthodes culturales ?
On a déjà signalé le fait suivant : " Trois millions d'esclaves, enlevés à l'Afrique du XVIIème au XIX ème siècle sont devenus en Amérique du Nord, 12 millions d'individus. Tandis que les races où les négriers avaient recruté ces esclaves voyaient fléchir rapidement leurs qualités physiques, tandis que les guerres intestines et les maladies décimaient les populations restées dans la brousse, les ouvriers des plantations américaines, grâce à l'hygiène, à une nourriture saine, régulière, évoluaient rapidement, devenant ces noirs d'Amérique qui n'ont plus la que la couleur pour les apparenter aux Noirs d'Afrique".
Une profonde éducation morale et technique des indigènes est nécessaire et a été entreprise par la France. Des sujets remarquables s'affirment déjà. Mais l'œuvre d'ensemble est de longue haleine. Grâce à elle, l'Afrique s'épanouira, les productions se développeront en fonction d'une économie intérieure africaine et selon les vues d'harmonisation impériale qui commandent l'ensemble de nos possessions d'outre mer.
Nul doute que la France ne réussisse dans la tâche qu'elle poursuit, parce qu'elle traite la terre africaine comme elle doit être traitée, avec rudesse, à l'américaine, et parce qu'elle traite la population indigène , comme elle le mérite, à la française, avec le cœur."
La France dans le monde, ses colonies, son empire. Jean Brunhes Delamarre, Introduction et historique de Marius Ary Leblond,de l'Académie des sciences coloniales, Maison Mame, Paris, 1939.