Paperman de John Kahrs

 

 

C’est en errant sur mon Flipboard que j’ai découvert ce petit bijou. Alliant l’usage de retouches d’images par ordinateur via une nouvelle technologie 3D et de dessins traditionnels d’abord conçus à la main, « Paperman » est un court-métrage d’animation en noir et blanc des studios Disney réalisé par John Kahrs, collaborateur de longue date de la firme californienne dont c’est le premier film, et nommé aux Oscars 2013.

Mais, avant tout cela, « Paperman » c’est surtout une belle histoire d’amour qui, en six minutes trente, transmet bien plus d’émotions que maintes créations en deux heures.

Un conte de fées moderne où la princesse, jeune secrétaire des années 1950, croise son prince charmant, lui-même simple employé de bureau, sur un quai de gare. Loin des fictions sentimentales sirupeuses, « Paperman » séduit par sa candeur inattendue et son extraordinaire charme.

Au travers de scènes au  graphisme épuré, bercées par une délicieuse mélodie, nous est racontée l’aventure d’un jeune homme perdu dans la platitude d’une gigantesque aire urbaine inhumaine multipliant les efforts, à l’aide d’avions en papier,  pour attirer l’attention d’une jeune femme rencontrée brièvement sur un quai de métro et dont il est tombé follement amoureux.

Pourtant d’une simplicité déconcertante, cette histoire, composée de toutes les phases narratives d’un conte traditionnel, tient le spectateur en haleine du début à la fin car la magie réside dans le subtil mélange des fééries Disney adaptées à un quotidien dans lequel le spectateur peut aisément s’identifier. La bien-aimée est, comme toujours inaccessible, car prisonnière, non plus de la tour d’un château, mais d’un bureau situé dans les hauteurs d’un gratte-ciel. La vie, somme toute banale du jeune homme, renvoie le reflet des existences « ordinaires » de tout un chacun aujourd’hui. Le combat pour gagner le cœur de sa douce ne se livre plus avec des épées, seulement avec des origamis aux pouvoirs étranges qui, dans une danse étourdissante, nous subjuguent au-delà de tout espoir.

Frais, ravissant, dénonçant très justement les stéréotypes aliénants de notre société moderne, « Paperman » s’affirme à contre-courant de la mode en la matière et dont la créativité est relativement en panne lorsque l’on considère le nombre impressionnant de films d’animation qui ne sont que des adaptations de contes assaisonnées aux goûts des adolescents du XXI° siècle, réclamant avant tout des sensations fortes et du glamour.

Un tout autre registre donc. Celui de la poésie, des visages vraiment expressifs, des émotions délicates, à fleur de peau, des plus doux souvenirs.

La vidéo de ce petit chef-d’œuvre est désormais visible sur You Tube. Comme cela était prévisible, elle a rapidement fait chavirer le cœur de bon nombre d’internautes car ils sont déjà plus de 4 millions à l’avoir visionnée en deux jours et à avoir réagi avec enthousiasme. Souhaitons-lui juste autant de chance pour la cérémonie des Oscars le 24 février…

 

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